Est-ce qu’on doit se fier à la majorité?

Beaucoup de personnes font confiance aux majorités sur bien des sujets, notamment scientifiques. Ce comportement, qui paraît raisonnable, mène parfois à de terribles erreurs. Notre boussole ne devrait pas être le nombre de scientifiques qui soutiennent telle ou telle théorie mais les données seulement. Correspondent-elles au paradigme dominant?

Coluche avait bien résumé l’affaire en disant « c’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison!« .

L’histoire est parsemée de « majorité dans l’erreur ». Nous devons réfléchir par nous-même avec le cerveau que nous avons, se renseigner auprès de différentes sources, recouper les éléments de preuves, on ne peut pas simplement « faire confiance » aux majorités.

En réalité il y a souvent un effet « mouton » chez les majorités. Beaucoup de personnes en suivent d’autres et peuplent un groupe, non parce qu’ils ont minutieusement étudié un sujet, mais parce qu’ils ont, eux aussi, fait confiance, sans trop vérifier les tenants et les aboutissants du paradigme. C’est pourquoi le nombre n’est pas toujours significatif.

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Le Christ en particulier nous a tenu de faire attention aux majorités lorsqu’il a évoqué le Déluge de Noé et son retour qui serait semblable. Il a aussi enseigné:

Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent.

Matthieu 7:13-14

Voici quelques exemples d’erreurs de la pensée scientifique dominante:

1.Le refus du lavage des mains – Ignaz Semmelweis (1847)

Croyance dominante: les maladies comme la fièvre puerpérale étaient souvent attribuées aux miasmes ou à d’autres causes environnementales.

Découverte: Semmelweis a constaté que la désinfection des mains des médecins réduisait considérablement la mortalité des femmes après l’accouchement.

Réaction: ses conclusions ont été rejetées par de nombreux médecins malgré ses résultats. La prévention des infections par l’hygiène des mains s’est imposé progressivement avec la microbiologie.

2. Les continents immobiles – Alfred Wegener (1912)

Croyance dominante: les continents occupaient des positions essentiellement fixes.

Découverte: Wegener a présenté des indices géologiques, géographiques et paléontologiques suggérant leur déplacement.

Réaction: de nombreux géologues ont rejeté sa proposition (en plus Wegener était météorologue et pas géologue). Le déplacement des continents a ensuite été confirmé des décennies après sa mort, dans le cadre de la tectonique des plaques, développée dans les années 1960.

3. La génération spontanée – Louis Pasteur (1861)

Croyance répandue: des organismes vivants, notamment des microorganismes, pouvaient apparaître spontanément dans la matière en décomposition.

Découverte: les expériences de Pasteur avec les ballons à col de cygne ont montré que des bouillons stérilisés ne développaient pas de microorganismes sans contamination.

Résultat: la théorie traditionnelle de la génération spontanée a été progressivement abandonnée. De manière percutante des hypothèses modernes continuent d’être proposées dans le cadre de scénarios naturalistes de l’apparition de la vie.

4. Les ulcères causés principalement par le stress – Marshall et Warren (1982)

Croyance dominante: le stress, le mode de vie et l’acidité gastrique étaient considérés comme les principales explications des ulcères.

Découverte: Barry Marshall et Robin Warren ont montré le rôle majeur de la bactérie Helicobacter pylori.

Réaction: leurs travaux ont rencontré un scepticisme important. Ils ont finalement reçu le prix Nobel de médecine en 2005.

5. Les cristaux jugés impossibles – Dan Shechtman (1982)

Consensus scientifique: on considérait qu’un cristal devait posséder une structure périodique répétitive.

Découverte: Shechtman a observé des structures cristallines ordonnées mais non périodiques, les quasicristaux.

Réaction: sa découverte a été fortement contestée, notamment par le célèbre chimiste Linus Pauling. Shechtman a dû même quitter son groupe de recherche.

Résultat: prix Nobel de chimie en 2011 et révision de la définition scientifique des cristaux.

6. L’impossibilité d’un agent infectieux sans acide nucléique – Stanley Prusiner (1982)

Croyance dominante: les agents infectieux capables de se multiplier devaient dépendre d’un matériel génétique comme l’ADN ou l’ARN.

Découverte: Prusiner a développé la théorie des prions, des protéines capables de transmettre un état de mauvais repliement à d’autres protéines.

Réaction: son hypothèse a rencontré une opposition importante avant d’être largement acceptée.

Résultat: prix Nobel de médecine en 1997.

7. Le phlogistique pour expliquer la combustion – Lavoisier (XVIIIe siècle)

Théorie dominante: lorsqu’un matériau brûlait, il libérait une substance hypothétique appelée phlogistique.

Découverte: Lavoisier a montré le rôle de l’oxygène dans la combustion et l’oxydation.

Résultat: la théorie du phlogistique, longtemps utilisée par les chimistes, a été abandonnée au profit de la chimie moderne.

Trois autres exemples célèbres

Ancienne conceptionCorrection scientifique
8. Le géocentrisme : la Terre immobile au centre du cosmos, conception dominante dans l’astronomie européenne pendant des siècles.Les travaux de Copernic, Galilée, Kepler et Newton ont conduit à l’abandon du géocentrisme traditionnel.
9. Le calorique : la chaleur était interprétée comme un fluide matériel subtil, conception largement admise aux XVIIIe et début XIXe siècles.La thermodynamique et la théorie cinétique ont remplacé cette conception par une compréhension de la chaleur comme transfert d’énergie.
10. La physique newtonienne comme description universelle exacte, elle était considérée comme le cadre fondamental de la mécanique.La relativité d’Einstein a montré ses limites à grande vitesse et en gravitation forte, sans invalider son efficacité dans les conditions ordinaires.

L’avis pertinent de Michael Crichton

Je veux m’arrêter ici et parler de cette notion de consensus, et de l’émergence de ce que l’on appelle la science du consensus. Je considère la science du consensus comme un développement extrêmement pernicieux qui devrait être arrêté net. Historiquement, l’appel au consensus a été le premier refuge des scélérats ; c’est un moyen d’éviter le débat en affirmant que la question est déjà réglée.

Chaque fois que vous entendez dire que « le consensus des scientifiques est d’accord sur ceci ou cela », attrapez votre portefeuille, car vous êtes en train de vous faire avoir.

Soyons clairs : le travail de la science n’a absolument rien à voir avec le consensus. Le consensus est l’affaire de la politique. La science, au contraire, ne nécessite qu’un seul chercheur qui a raison, c’est-à-dire qui a des résultats vérifiables par référence au monde réel. En science, le consensus est sans importance. Ce qui importe, ce sont les résultats reproductibles.

Les plus grands scientifiques de l’histoire sont grands précisément parce qu’ils ont rompu avec le consensus.

Il n’existe pas de science consensuelle. Si c’est un consensus, ce n’est pas de la science. Si c’est de la science, ce n’est pas un consensus. Point final.

Crichton, Michael, Aliens cause Global Warming, 17 January 2003 speech at the California Institute of Technology

L’Egypte ancienne

Dans l’Égypte des pharaons, la population accordait une grande confiance aux prêtres et aux praticiens de la magie. Ces personnages étaient souvent considérés comme des détenteurs de connaissances particulières et bénéficiaient d’un prestige social important.

Dans cette Égypte ancienne, l’autorité intellectuelle, religieuse et politique pouvait être étroitement associée. Les personnes considérées comme les plus savantes pouvaient défendre des croyances non démontrées.

L’exemple égyptien est, à certains égards, encore à l’oeuvre aujourd’hui. Il illustre bien qu’une croyance peut être largement partagée, soutenue par des autorités prestigieuses et transmise pendant des siècles, au détriment des populations.

C’est pourquoi il est important de distinguer l’autorité d’une personne, le nombre de ses partisans et les preuves dont elle dispose.

Le peuple ne peut pas simplement faire confiance aux « magiciens ». L’esprit critique n’est pas seulement la capacité de raisonner, c’est aussi la disposition à remettre en question des idées largement acceptées, même lorsqu’elles sont défendues par des autorités reconnues.

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