Comment le canon du Nouveau Testament s’est-il formé ?


Il y a 27 livres dans le Nouveau Testament, pourquoi n’y en a-t-il pas plus ou moins ? Pourquoi certains livres ont été inclus dans le canon et d’autres rejetés ? Comment la décision a été prise d’inclure les 27 livres ? Nous allons explorer dans cet article les raisons qui ont permis aux 27 livres du Nouveau Testament d’être considérés comme canoniques.

Le canon du Nouveau Testament s’est à travers les âges imposé naturellement aux chrétiens. Les premiers chrétiens, dans leurs écrits, montrent que ce sont les qualités internes des livres canoniques qui les ont convaincus. L’ancienneté et l’apostolicité des 27 livres sont également des éléments déterminants pour comprendre et identifier le canon du Nouveau Testament.

Les 27 livres du Nouveau Testament sont les plus anciens

Tous les écrits du Nouveau Testament ont été écrits entre les années 40 et 90 du premier siècle de notre ère mais ce n’est pas tout, on retrouve des crédos dans le NT qui remontent aux années 301, comme celui consigné par Paul dans 1 Corinthiens 15 :1-7 “…Je vous ai transmis, comme un enseignement de première importance, ce que j’avais moi-même reçu : Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures…”

En contraste, les apocryphes datent des siècles suivants et souffrent donc premièrement d’un éloignement trop conséquent de la vie de Jésus pour avoir une quelconque autorité ou une quelconque égalité avec les 27 livres.

Le principe de rédaction des livres bibliques est le “témoignage oculaire” :

  • Des évènements se produisaient et étaient rapidement consignés par les témoins oculaires ou par leurs compagnons
  • Des annonces divines parvenaient aux prophètes directement de Dieu et étaient mises par écrit rapidement

Un livre écrit un siècle ou deux après les évènements, à un moment donné où il n’y a plus de témoins, n’a donc que peu d’autorité.

Les écrits qui commencent à apparaître à la fin du premier siècle comme 1 Clément ou la Didachè ne revendiquent pas l’inspiration mais font appel à l’autorité des apôtres, ils se séparent des livres canoniques.

L’ancienneté et l’origine au premier siècle des livres du Nouveau Testament est un premier élément pour comprendre la canonicité des 27 livres du NT.

L’apostolicité des livres canonisés

Si on souhaite savoir ce que les apôtres, qui avaient reçu autorité de Jésus, pensaient, eh bien il nous faut en revenir aux écrits apostoliques. Non seulement les livres du Nouveau Testament sont du premier siècle mais en plus ils sont connectés aux apôtres :

  • Matthieu était un apôtre et a écrit son évangile
  • Marc a été l’interprète de l’apôtre Pierre et a écrit un évangile
  • Luc était un compagnon de l’apôtre Paul et a écrit son évangile et les Actes des Apôtres
  • Jean était un apôtre et a écrit son évangile, trois lettres et l’Apocalypse
  • Paul était un apôtre (celui des non-juifs) et a écrit 13 ou 14 lettres
  • Jacques était un leader de l’église de Jérusalem à l’âge apostolique et écrit une lettre
  • Pierre était un apôtre et a inspiré l’évangile de Marc, il a aussi écrit 2 épitres
  • Jude était le frère de Jacques et a écrit une très courte épitre

Les évangiles apocryphes revendiquent certes les noms des apôtres (Pierre, Thomas, les douze…) mais puisqu’ils ont été écrits au 2ème siècle, ils ne peuvent réellement avoir été écrits par les apôtres. Le fait que les apocryphes se soient emparés des noms des apôtres montrent justement que les livres pour être acceptés devaient provenir ou être associés aux apôtres.

Les auteurs du Nouveau Testament se citent entre eux

Les livres du Nouveau Testament n’ont pas été sélectionnés des siècles après la vie de Jésus, ils avaient déjà autorité au premier siècle. On réalise par exemple comment l’Apôtre Pierre percevait les lettres de Paul “Comprenez bien que la patience du Seigneur a pour but votre salut. Paul, notre frère bien-aimé, vous l’a aussi écrit avec la sagesse que Dieu lui a donnée. Il l’a fait comme dans toutes ses lettres, où il aborde ces sujets. Certes, il s’y trouve des passages difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies déforment le sens, comme elles le font aussi – pour leur propre ruine – des autres textes de l’Ecriture.”(2 Pierre 3:15-16).

Pierre dans ce passage intègre les lettres de Paul dans le corpus des “écritures“. Aucun responsable religieux ou politique n’a lui-même décidé de les canoniser au 4ème siècle de notre ère. De plus, on remarque ici que l’audience de Pierre était déjà familière avec “les lettres” de Paul.

Un autre exemple se trouve dans une lettre de Paul où il cite une parole de Jésus provenant de l’évangile de Luc “L’ouvrier mérite son salaire“(1 Tim 5:18). Ce verset se trouve dans Luc 10:7 “Restez dans cette maison-là, prenez la nourriture et la boisson que l’on vous donnera, car « l’ouvrier mérite son salaire“. Le passage d’1 Timothée est d’autant plus intéressant que Paul cite d’abord un verset du deutéronome puis ensuite enchaîne sur la parole de Jésus dans Luc, montrant que l’évangile de Luc était au même niveau que l’Ancien Testament, Paul dit en effet “Car l’Ecriture déclare …”.

Les auteurs du NT étaient conscients que leurs écrits étaient inspirés, il y avait une sorte d’auto-reconnaissance entre eux. A l’intérieur même de ces livres nous retrouvons les graines de la canonicité.

Les 4 évangiles étaient bien établis à la fin du 2ème siècle

Les codex du Nouveau Testament se présentent toujours avec les 4 évangiles à l’intérieur, jamais ne trouvons-nous un nombre différent d’évangiles. Il en est de même avec les listes des écrits canoniques, on n’y trouve jamais 3 ou 5 évangiles. Les livres canoniques sont trouvés d’un côté et les apocryphes d’un autre.

Irénée de Lyon (130-202) au 2ème siècle montre clairement qu’il y avait 4 évangiles acceptés “Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d’Evangiles. En effet, puisqu’il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d’autre part, l’Eglise est répandue sur toute la terre et qu’elle a pour colonne et pour soutien l’Evangile et l’Esprit de vie, il est naturel qu’elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l’incorruptibilité et rendent la vie aux hommes2.

Les 4 évangiles peuvent probablement être retracés dans la moitié du premier siècle par l’intermédiaire de Tatien et Justin Martyr3. Les 4 évangiles représentent environ 44% du Nouveau Testament.

Le Fragment de Muratori atteste de 22 livres canoniques (sur les 27) à la fin du deuxième siècle4.

Les 27 livres du NT étaient bien établis à la moitié du 3ème siècle

On ne détermine pas l’existence du Nouveau Testament à partir des listes uniquement, on remarque en effet que les 27 livres étaient perçus canoniques en analysant la façon dont ils étaient cités et utilisés par les Pères de l’Église bien avant le 4ème siècle. Toutefois on peut retrouver un listing aux alentours de 250 de notre ère dans les écrits d’Origène :

Matthieu a d’abord sonné la trompette sacerdotale dans son Évangile; Marc aussi; Luc et Jean ont chacun joué leurs propres trompettes sacerdotales. Même Pierre crie avec des trompettes dans deux de ses épîtres; également Jacques et Jude. De plus, Jean sonne également de la trompette à travers ses épîtres [et l’Apocalypse], et Luc, alors qu’il décrit les Actes des Apôtres. Et maintenant ce dernier arrive, celui qui a dit: «Car Dieu, ce me semble, a fait de nous, apôtres, les derniers des hommes», et dans quatorze de ses épîtres, tonnant de trompettes, il fait s’effondrer les murs de Jéricho et tous les artifices de l’idolâtrie et des dogmes des philosophes , jusqu’aux fondations5.

Certains rejettent cette liste en indiquant que les vues exposées dans ce passage reflète la traduction de Rufin d’Aquilée qui avait traduit les Homélies sur Josué en latin mais le Dr Michael Kruger présente de bons arguments en faveur de son association originale à Origène et non à Rufin. L’argument principal est que le contenu des Homélies sur Josué correspond à ce qu’Origène a écrit ailleurs6.

Le concile de Nicée a-t-il décidé le canon du Nouveau Testament au 4ème siècle ?

Une mauvaise conception est répandue depuis des années sur le fait que le Concile de Nicée au 4ème siècle aurait décidé quels livres devaient être inclus dans le canon et aurait également statué sur la divinité de Jésus. Ce Concile n’a en fait joué aucun rôle, ni sur la détermination de la divinité de Jésus (il ne s’agissait que d’expliquer, d’articuler la Trinité), ni sur la sélection des livres canoniques.

Dans un autre article nous avons traité les preuves que Jésus était perçu comme divin dès le 1er siècle et une vidéo est également disponible à ce sujet:

Le Concile de Nicée n’a pas décidé quels livres devaient faire partie du canon car celui-ci était déjà en grande partie accepté au 2ème siècle de notre ère. Au temps de Constantin au 4ème siècle, le débat était déjà clos depuis longtemps, il ne demeurait que quelques débats périphériques sur des livres mineurs.

Les Pères de l’Église ont “reçu” les livres canonisés de manière passive. Ils n’ont jamais pensé qu’ils avaient l’autorité de canoniser des livres mais n’ont fait que reconnaître ce que Dieu avait fait à travers les apôtres.

Les Pères de l’Église et les écrits apocryphes

Les Pères de l’Église ont utilisé les livres apocryphes et cela pourrait à première vue argumenter en faveur de la canonicité de ces livres, sauf que les chrétiens les ont rarement cité en tant qu’Écriture. Il les utilisaient la plupart du temps parce qu’ils avaient une utilité et pouvaient édifier le lecteur, un peu comme lorsque nous citons des sermons de pasteur ou de prêtre.

Nous pouvons également comparer le nombre de citations des livres canoniques et des non-canoniques. J.A Brooks note par exemple que Clément d’Alexandrie cite les livres canoniques 16 fois plus que les écrits apocryphes et les écrits des Pères de l’Église7. En se tournant vers les évangiles eux-mêmes, Clément ne cite que 16 fois les évangiles apocryphes alors qu’il cite l’évangile de Matthieu 757 fois8.

Les chrétiens ont toujours cité d’autres chrétiens, nous le faisons encore aujourd’hui, il ne faut donc pas considérer que les citations patristiques donnent une quelconque valeur canonique aux apocryphes.

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Les premiers chrétiens ont considéré que les livres canoniques s’authentifiaient par eux-mêmes

La première raison, voire la raison tout court pour laquelle les chrétiens ont accepté les livres canoniques comme “Écriture” est parce qu’ils reconnaissaient la main de Dieu à l’intérieur. Lorsqu’on lit un passage de la lettre aux Hébreux, nous comprenons mieux ce concept “Lorsque Dieu fit la promesse à Abraham, ne pouvant jurer par un plus grand que lui, il jura par lui-même…”(Heb 6:13). La même chose s’observe avec le Nouveau Testament. Quand nous cherchons à authentifier le canon avec des éléments extérieurs, alors nous considérons ces éléments comme supérieurs et plus autoritaires que la Parole de Dieu.

Il n’y a pas de problème à analyser les preuves historiques, archéologiques ou scientifiques, et c’est ce que nous faisons sur ce site, mais qui est en mesure de savoir que quelque chose vient de Dieu, si ce n’est Dieu lui-même ? Qui donc valide Dieu ? On ne peut pas prouver l’autorité divine par des délibérations humaines. La Parole de Dieu s’authentifie elle-même. Aucun tribunal ne peut statuer sur la Parole de Dieu, parce qu’Elle est par nature au-dessus de toutes choses. C’est donc le contenu du Nouveau Testament lui-même qui s’auto-authentifie.

Voyons comment Tatien, dans la moitié du premier siècle, a considéré les écritures judéo-chrétiennes “Pendant que je méditais, cherchant le bien, il m’arriva de rencontrer des écrits barbares, plus anciens que les doctrines des Grecs, d’inspiration trop manifestement divine pour être comparés à leurs erreurs; et il m’arriva de croire en eux, à cause de la simplicité du style, du naturel des narrateurs, de l’intelligence claire qu’ils donnent de la création du monde, de la prédiction de l’avenir, de l’excellence des préceptes, de la soumission de toutes choses à un seul monarque9.

Clement d’Alexandrie (150-215), juste avant de citer Matt 4: 17 et Phil 4: 5, disait que nous pouvions distinguer les paroles des hommes des paroles des Écritures parce que “Assurément, quelles que soient les exhortations des autres saints, jamais elles ne produiront sur nous la même impression que le Seigneur lui-même, qui a tant aimé le genre humain10.

Origène (184-253) enseigne également de manière élogieuse comment on détermine l’inspiration d’un livre et donc sa canonicité “Si quiconque, en plus, considère les paroles des prophètes avec tout le zèle et la révérence qu’elles méritent, il est certain qu’ à la lecture et à l’examen attentif, il sentira son esprit et ses sens touchés par un souffle divin, et reconnaîtra que les mots qu’il lit n’ont pas été des déclarations humaines, mais le langage de Dieu; et de ses propres émotions, il sentira que ces livres n’ont pas été la composition d’aucune compétence humaine, ni d’aucune éloquence mortelle, mais, pour ainsi dire, d’un style qui est divin11.

Conclusion

Les sceptiques sont intéressés par les théories d’un canon décidé par une communauté ou par l’Église. D’autres pensent que le canon est déterminé par des éléments historiques mais en réalité le canon parle pour lui-même. Ce fait s’observe de manière nette dans les Paroles de Jésus “Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent“(Jean 10:27). Il y a une reconnaissance automatique qu’il s’agit de la Parole de Dieu et cela se produit par l’intermédiaire du Saint-Esprit selon le modèle biblique.

Le rôle du Saint-Esprit dans la reconnaissance du canon est évident, Paul explique brillamment “C’est pourquoi je vous déclare que nul, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit: Jésus est anathème! et que nul ne peut dire: Jésus est le Seigneur! si ce n’est par le Saint Esprit‘(1 Corinthiens 12:3).

Le Dr Michael Kruger dit en conclusion à propos du Canon du NT12 :

En fin de compte, les pères de l’église nous enseignent une vérité très importante. Le canon du Nouveau Testament que nous possédons aujourd’hui n’est pas dû aux machinations des dirigeants de l’Église ultérieurs, ou à l’influence politique de Constantin, mais au fait que ces livres se sont imposés à l’Église par leurs qualités internes.

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  1. Lire Christian Creeds sur wikipedia pour la datation des crédos
  2. Contre les Hérésies ; Livre III ; page 103.
  3. Lire l’article du spécialiste du Nouveau Testament, Dr Michael Kruger.
  4. Voir la page wikipédia sur le Fragment de Muratori.
  5. Passage traduit de l’anglais par mes soins de l’homélie de Josué (7:1) par Origène.
  6. Lire l’article du Dr Kruger ; What is the Earliest Complete List of the Canon of the New Testament?
  7. J.A Brooks ; Clement of Alexandria , pg 48.
  8. Bernard Mutschler, Irenäus als johanneischer Theologe (Tübingen: Mohr Siebeck, 2004), 101.
  9. Discours aux grecs chaptre 29.
  10. Discours aux Gentils, chapitre 9.
  11. Traduit depuis l’anglais par mes soins – Traités des Principes ; Livre IV ; Chap 1 ; V6 .
  12. Ten Basic Facts about the NT Canon that Every Christian Should Memorize.

Anthony ETHEVE

Passionné et étudiant converti à la Bible, Anthony partage le fruit de ces recherches afin d'aider les chrétiens et notamment les nouveaux appelés à comprendre les thèmes bibliques, le débat création/évolution et explorer les preuves historiques et archéologiques du judéo-christianisme.

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