Quand ont-été écrits les apocryphes de l’époque néo-testamentaire ? et quelle est leur valeur ?


Les apocryphes seraient-ils en mesure d’apporter une lumière différente ou complémentaire sur Jésus ? Cette question dépend en partie de leur date de rédaction, de leur acceptation par les premiers chrétiens mais aussi de leur cohérence avec les écrits canoniques. Quand donc ces apocryphes ont-ils été rédigés ?

Les deux types d’évangiles apocryphes

Il y a basiquement deux types d’ouvrages qui réside en dehors du Nouveau Testament. L’un de ces deux types n’est pas controversé car ils ne cherchent pas à changer l’image de Jésus que nous trouvons dans les 4 évangiles canoniques mais plutôt à développer davantage sur lui. Ils s’intéressent notamment à l’enfance de Jésus ou à des enseignements ou miracles qu’il aurait pu réaliser. L’évangile de Pierre est à ranger dans ce premier type, il n’y a rien d’étrange dans son enseignement, il cherche à défendre la foi chrétienne et à augmenter le nombre de témoins crédibles qui ont vu la résurrection.

Par ailleurs nous avons l’autre type avec l’évangile de Thomas et les évangiles gnostiques. Ceux-là sont intéressés à produire de nouveaux enseignements dans lesquels Jésus commence à enseigner des choses que les auteurs croient.

Les gnostiques croyaient en deux dieux, l’un bon et l’autre mauvais. On ne pouvait dans leur pensée pas accéder au dieu bon par la croix ou par la foi en Jésus mais par des connaissances spéciales qu’il révèle de manière à ce que l’on puisse gravir les différents échelons des cieux et atteindre le plus haut niveau du ciel. C’est donc ce second groupe qui possède un intérêt marqué, notamment pour les critiques parce qu’il dispense de nouveaux enseignements étranges et c’est avec ces écritures gnostiques que les pères de l’église comme Irénée, Tertullien et Origène se sont battus car ils les voyaient comme de sérieuses menaces qui pouvaient égarer l’église d’une compréhension correcte de Jésus.

Le gnosticisme où la connaissance spéciale que seuls certains peuvent disposer va à l’encontre de l’évangile du Nouveau Testament qui est ouvert à tous ceux qui sont prêts à l’accepter. Hélas, il y a une tendance académique à vouloir dater plus précocement ces évangiles gnostiques et à retarder la rédaction de ceux compris dans le Nouveau Testament.

En effet si on veut mettre l’évangile de Thomas sur le même pied d’égalité et notamment indiquer que la façon dont cet écrit dépeint Jésus est aussi autoritaire que celle dans les 4 évangiles, il faut avancer sa rédaction dans la deuxième moitié du premier siècle et retarder aux maximum les évangiles pour qu’ils soient écrit en même temps.

L’évangile de Thomas est généralement daté au 2ème siècle, entre 120 et 150 et nous allons voir qu’il trouve certainement son origine en 180. Quoiqu’il en soit, cela l’exclut naturellement du Nouveau Testament. Pour argumenter une écriture précoce des évangiles gnostiques, il faut ignorer ou modifier les éléments de preuves et faire des hypothèses qui n’ont aucun appui substantiel.

Les chrétiens, souvent mal informés sur le sujet, pensent qu’il y a des bases à ces hypothèses de re-datation alors que ce n’est pas le cas. Il n’y aucun manuscrit qui puisse suggérer cela. Dans les manuscrits du NT, on peut trouver certains de ces enseignements étranges ajoutés au texte mais uniquement des centaines d’années après, alors que la vaste majorité des manuscrits que nous avons en sont exempts. C’est pourquoi nous savons les identifier.

Dans le cas de l’évangile de Thomas nous n’avons que 3 fragments grecs et l’évangile entier en copte qui date du 4ème siècle. Comment peut-on donc déduire de cela une version au premier siècle aussi vieille que Matthieu, Marc et Luc et comportant l’authentique Jésus ? On pourrait décomposer l’enseignement de Thomas pour essayer de trouver sa version du premier siècle et on y trouverait rien qui reflète l’Israël du premier siècle ou le Jésus historique et c’est pourquoi les archéologues n’utilisent jamais l’évangile de Thomas, ils trouvent qu’il n’a aucune valeur alors qu’ils utilisent les 4 évangiles canoniques, le livre des Actes et Flavius Josèphe en permanence.

Quand a été écrit l’évangile de Thomas ?

Si on laisse les preuves parler (et qu’on évite les spéculations), on se rend compte que l’évangile de Thomas a été écrit à la fin du deuxième siècle, soit 100 ans après les 4 évangiles canoniques.

L’évangile de Thomas, du début à la fin, reflète clairement la fin du deuxième siècle en Syrie orientale où il y avait un intérêt ésotérique qui privilégiait une connaissance spéciale que seuls les initiés disposaient. Il s’agissait d’un mouvement très ascétique, Jésus est présenté comme végétarien, il n’est concerné que par la pauvreté, il est contre le mariage et même contre le sexe dans le cadre du mariage. Nous avons une correspondance exacte de ces idées dans certains cercles syriens, au nord et à l’est. Cela ne reflète pas le monde de Jésus au premier siècle mais plutôt un endroit différent dans un siècle différent.

Il y a des lectures distinctives dans Thomas dans la façon où Jésus est paraphrasé qui correspond au diatessaron qui est une harmonie des 4 évangiles mélangés ensembles par Tatien qui était natif de Syrie. En mélangeant les 4 évangiles, Tatien (120-180 ap.J-C) a créé des lectures distinctives et certaines de ces lectures sont trouvées dans l’évangile de Thomas. Les académiciens qui travaillent sur Tatien observent ce phénomène et placent la rédaction de Thomas à la fin du deuxième siècle. En fait les pères de l’église (à partir d’Hippolyte de Rome) commencent à parler de Thomas dans les années 220-230 et cela se corrèle avec une écriture aux alentours de 180 ap.J-C tenant compte du fait que Tatien a écrit le diatessaron en 170 de notre ère.

L’évangile de Thomas n’a donc pas pu être écrit, même dans une forme de brouillon, en 70 de notre ère, car autrement comment expliquer qu’il soit resté en dessous des radars jusqu’en 220 de notre ère et pendant 150 ans ? C’est Hippolyte de Rome (170-235), puis Origène (184-253) et Eusèbe (265-339) qui en parlent des siècles après les évènements des 4 évangiles.

Nous pouvons comparer cela aves les 4 évangiles canoniques qui sont cités dès la fin du premier siècle et au début du deuxième par des gens comme Papias (70-163) et Justin Martyr (100-165).

Un autre élément déterminant est que l’évangile de Thomas est familier avec la moitié du Nouveau Testament. Environ 13 à 15 livres du Nouveau Testament y sont cités selon le Dr Craig Evans. L’auteur de l’évangile de Thomas n’aurait pas pu connaître autant de contenus s’il avait écrit au premier siècle car à ce moment là les livres du NT circulaient individuellement et étaient éparpillés. Pour avoir connaissance de tous ces livres du Nouveau Testament il fallait encore attendre le deuxième siècle.

Par ailleurs ces écrits n’ont jamais été considérés comme canoniques et on ne les trouve pas dans les collections du NT ayant autorité, par exemple aux côtés des 4 évangiles. En réalité quand on trouve les évangiles gnostiques ils sont toujours regroupés ensembles et sont séparés des écrits canoniques (voir codex de Nag Hammadi ou codex de Tchacos).

Et n’oublions pas que l’évangile de Thomas commence par “voici les paroles secrètes que Jésus vivant a prononcées“. Les secrets impliquent une chose – qu’ils ne sont pas publics. L’église primitive, en contraste, comprenait que les écrits canoniques devaient être lus en public. Ainsi ces idées populaires qui indiquent que Thomas devrait être inclus dans le Nouveau Testament ou qu’il en a été exclus injustement, est un non-sens complet car les gens qui ont produit Thomas ne voulaient pas qu’il soit lu publiquement mais étudié en privée.

Eusèbe de son côté ne fait pas que le mentionner mais indique que cet évangile était destructeur pour l’église.

L’évangile de Pierre

L’évangile de Pierre est un cas intéressant, il n’est pas pris au sérieux par qui que ce soit, il n’introduit pas d’idées hérétiques mais certains ont tenté d’argumenter une forme plus ancienne à la même manière spéculative de Thomas. Cet évangile tente d’augmenter les témoins à la tombe de Jésus que nous avons dans Matthieu. Il le fait pour contrer des critiques du deuxième siècle qui disaient en gros “pourquoi devrait-on croire en la résurrection car qui étaient les témoins, des femmes hystériques ?”. Celui qui a écrit Pierre, probablement dans les années 140-150, a rajouté des gardes romains, le centurion, les anciens de chez juifs, passant la nuit dans un cimetière et gardant la tombe, la ville entière voit des anges descendre sur la tombe, la pierre roule sur le côté, et un Jésus géant en sort. Il s’agit en fait d’une défense exagérée de la résurrection de Jésus qui essaie de répondre à des objections au cours du 2ème siècle.

Celse écrivant aux alentours de l’année 160 était un critique sévère de la chrétienté primitive et l’une des choses sur laquelle il insistait était qu’on ne pouvait croire en la résurrection parce que le témoignage de femmes hystériques et terrifiées n’étaient pas valables. Si la résurrection avait été vue par des personnes importantes incluant les persécuteurs de Jésus, ainsi on pouvait croire à cet évènement. L’évangile de Pierre répond à cette objection.

L’élévation des femmes par Jésus était en effet un mouvement très avant-gardiste dans cette époque très misogyne. L’auteur de l’évangile de Pierre commettait une grosse erreur en disant des choses qui ne s’étaient pas produites, tandis que les auteurs des 4 évangiles rapportaient les évènements honnêtement tels qu’ils s’étaient produits car c’est là justement une des marques d’authenticité des 4 évangiles, s’il s’était agi de produire un récit fictif, jamais des auteurs du premier siècle n’auraient inclus des femmes comme témoins de la résurrection et ils auraient au contraire, à la manière de l’auteur de l’évangile de Pierre, placé des témoins plus convaincants. Mais la vérité est la vérité et si les choses se sont passées, qu’il en soit ainsi.

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Conclusion

Les évangiles du 2ème siècle ont peu d’autorité pour enseigner quoique ce soit sur le Jésus du premier siècle. La Bible fonctionne selon un procédé de témoignage oculaire et même les premiers chapitres de la Genèse ont probablement été consignés sur des tablettes d’argile par Adam, Noé etc… Si ce n’est le premier chapitre de la Genèse, directement indiqué par Dieu à Adam certainement avant le péché et la séparation, les textes bibliques sont le fruit de témoignage oculaire et ils disposent de multiples témoins corroborant (archéologie, source historique, cohérence interne, différents auteurs…).

Matthieu 24 : 35

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Anthony ETHEVE

Passionné et étudiant converti à la Bible, Anthony partage le fruit de ces recherches afin d'aider les chrétiens et notamment les nouveaux appelés à comprendre les thèmes bibliques, le débat création/évolution et explorer les preuves historiques et archéologiques du judéo-christianisme.

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