Le Texte Original du Nouveau Testament est-il perdu ? Peut-on le reconstruire ?


Est-on en mesure aujourd’hui de reconstruire ou de savoir ce que disait le Nouveau Testament à l’origine ? Notre Nouveau Testament actuel est-il substantiellement représentatif des originaux du premier siècle ou bien a-t-il été modifié et corrompu au fil des siècles ?

Beaucoup de chrétiens ont été rendus fragiles par des déclarations d’académiciens ou d’autres religieux qui tentent de jeter le doute sur la fiabilité du Nouveau Testament en indiquant notamment une corruption d’ampleur du texte. Parmi ces gens-là se trouve Bart Erhman qui a publié de nombreux livres à cette fin. Il argumente qu’on ne sait pas ce que les auteurs ont écrit à l’origine et qu’il y a eu beaucoup d’erreurs et de modifications en cours de transmission. Ainsi nous ne serions pas en mesure de savoir ce que disait les évangiles grecs à l’origine. A cause de ces arguments, beaucoup de chrétiens en sont venus à être ébranlé dans leur foi, mais nous devons nous remémorer un enseignement crucial de Jésus :

Matthieu 7 : 24-25

C’est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc.

La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison: elle n’est point tombée, parce qu’elle était fondée sur le roc.

Nous avons toutes les raisons d’avoir confiance dans les évangiles et nous avions déjà travaillé le sujet dans un article précédent, mais nous allons y ajouter encore quelques éléments factuels qui démontrent que ce que nous avons dans nos Bibles, représentent substantiellement les textes originaux du Nouveau Testament. Ce que Jésus a dit et enseigné se trouve encore dans nos textes actuels.

Le Nouveau Testament d’origine peut-être reconstruit grâce au nombre fabuleux de manuscrits disponibles et de part l’ancienneté de ces textes. Les autres textes antiques ont été reconstruits avec beaucoup moins de données et les débats qui résident sur le Nouveau Testament représente à peine 1% du texte. Comme les originaux étaient conservés des siècles il y avait la possibilité de corriger et de comparer des copies récentes avec les plus anciennes. Par ailleurs les fragments les plus anciens des deuxième et troisième n’offrent aucune différence textuelle majeur.

La transmission du message de Jésus

La première phase de transmission du message de Jésus était de l’écouter enseigner et ensuite de consigner ses paroles. Il s’agit de la première phase. Nous avons ici la pédagogie de Jésus et la manière dont il espérait que son message soit compris par ses disciples. Il y a les apôtres qui apprennent et les gens qui rapportent par écrit ce que Jésus a fait. Il y a donc ici une première occasion de mal représenter l’enseignement de Jésus.

Il y a ensuite la deuxième phase, une fois que les évangiles sont écrits ils sont recopiés plusieurs fois jusqu’à que nous atteignons l’imprimerie au 15ème siècle. Et dans cet intervalle, des changements peuvent avoir lieu. Les scribes peuvent aussi bien faire des erreurs accidentelles qu’intentionnelles.

Jésus n’avait pas pour intention que ses disciples mémorisent parfaitement ses paroles même si cela a parfois pu être le cas. Il enseignait en araméen et il y a donc eu un travail de traduction à la base. La nécessité d’intégrer plusieurs langues est dans l’ADN de la Bible depuis au moins l’épisode de la Tour de Babel où Dieu avait créé les langues. Le livre de Daniel est par exemple écrit en 2 langues (araméen et hébreu) et le pentateuque a été traduit en grec dès le 3ème siècle avant notre ère.

Dans Matthieu 13 on lit les paroles de Jésus :

Matthieu 13 : 51-52

Avez-vous compris toutes ces choses? -Oui, répondirent-ils.

Et il leur dit: C’est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes

Ce que Jésus implique ici c’est qu’il attendait de ses disciples qu’ils s’adaptent à appliquer ses enseignements et cela incluait qu’ils le paraphrasent. Quand on réalise ça et qu’on remarque des tournures différentes dans Luc et Matthieu par exemple il n’y a pas être étonné car il ne s’agissait pas de recopier mot pour mot Jésus. Ce dernier leur avait demandé “avez-vous compris toutes ces choses ?”. Nous n’avons donc pas à être inquiet sur cette première phase et sur les différences de formulation dans les 4 évangiles car c’est ainsi que Jésus avait enseigné. Les archéologues, même juifs, utilisent les évangiles pour leurs recherchent car ils le considèrent fiable et non remplis d’erreurs. Comme pour beaucoup de choses, ce qui compte ce n’est pas de mémoriser mais de comprendre.

N’oublions pas également que les apôtres et les premiers chrétiens sont allés jusqu’à la mort pour être fidèle à Jésus et il est reconnu que les premiers chrétiens étaient sincères dans leur foi (les menteurs ne faisant pas de bons martyrs) et qu’ils étaient attachés à Jésus et à sa parole. Cela n’indique pas la véracité des évènements mais qu’ils y croyaient (notamment en sa divinité et en sa résurrection), eux qui étaient bien mieux placés que nous pour savoir ce que Jésus avait fait et dit. De plus, il est difficile de croire que les plus grands enseignements éthiques de notre histoire proviennent de menteurs et de gens mal intentionnés.

La deuxième phase est celle qui est davantage la cible des critiques. Le NT a-t-il été bien recopié ? Les scribes ont-ils commis des erreurs ? Oui ils en ont fait comme tout copiste et c’est pourquoi ils se relisaient et corrigeaient la plupart de leurs erreurs. D’autres personnes les corrigeaient. Nous avons des manuscrits avec les corrections présentes dans les marges. Sommes-nous donc dans une situation où nous sommes incapables de savoir comment se lisait les textes du NT à l’origine ? Evidemment non. Il peut y avoir une poignée de versets pour lesquels on peut débattre mais il s’agit d’un nombre très faible qui ne remettent pas en question d’importants enseignements ou évènements même si nous devions les enlever du texte.

Les manuscrits anciens du Nouveau Testament

Nous disposons d’environ 5800 manuscrits grecs. Certains des manuscrits conservés en grande partie ne sont qu’à quelques centaines d’années du premier siècle et des originaux et les premiers petits fragments apparaissent dès le deuxième siècle. Le nombre de manuscrits existants est sans comparaison avec les écrivains gréco-romains pour lesquels il n’existe que quelques manuscrits et cela un demi-millénaire ou plus après les originaux (pourtant même avec ce peu d’informations disponibles nous sommes capables de les reconstruire de manière satisfaisante).

Il y a tellement de manuscrits grecs qu’il est impossible à une personne de tous les étudier et nous ne parlons pas des 10 000 manuscrits latins ou des 9300 manuscrits dans d’autres langues anciennes. Ainsi lorsqu’un scribe a commis une erreur, le prochain scribe va reprendre l’erreur et continuer de la transmettre s’il ne la corrige pas mais il y a des centaines d’autres scribes qui ont écrit à partir d’autres textes et qui n’ont pas commis les mêmes erreurs. La critique textuelle moderne est en mesure de faire les comparaisons et d’identifier rapidement les erreurs de scribes. Les scribes de l’antiquité n’étaient d’ailleurs pas stupides, ils étaient en mesure de savoir si quelqu’un avait fait une erreur et ils corrigeaient des erreurs ici et là.

Les chrétiens sont ébranlés quand ils entendent dans la même phrase “Bible” et “Erreur” mais il faut faire la différence entre l’autographe original sans erreur, de par l’inspiration divine, et les erreurs qui se sont ensuite glissées dans les copies et que nous pouvons par comparaison identifier.

Le Dr Craig Evans, spécialiste du Nouveau Testament indique le fait que les experts sont confiants dans le fait de pouvoir reconstruire 98 à 99% du texte d’origine. Les critiques sont certes enthousiastes à mentionner 400 000 variantes textuelles mais on s’y attend avec des milliers de manuscrits. Parmi ces variantes il y en a très peu qui sont significatives et à même de remettre en question des versets et encore moins des enseignements ou des évènements car il s’agit en quantité écrasante de fautes d’orthographes, d’oublis de mots, de différence d’ordre de mots etc…

Nous pensons souvent naïvement que Dieu gère les choses comme une ligne droite parfaite, mais regardons la nature et ces formes étranges et abstraites, ces cours d’eau sinueux etc… Il ne faut pas penser que la précision d’un enseignement ou d’un évènement dépend uniquement d’un écrit original et que celui-ci doit nous être accessible pour y croire. Dieu gère beaucoup de choses via des processus naturels et la façon dont il se révèle ou préserve sa parole est complexe et il y a certainement un point percutant dans le fait d’avoir diverses lignées de texte car nous pouvons alors les comparer, ce que nous ne pouvons pas faire s’il n’y a qu’une lignée. Dieu est aux commandes et il n’a pas inspiré un texte pour qu’il se corrompe ensuite lamentablement.

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Combien de temps les textes de l’antiquité étaient-ils préservés ?

Nous disposons de deux commentaires patristiques que les académiciens pensaient autrefois impossibles. Le premier de ces commentaires a été écrit par Tertullien à la fin du 2ème siècle de notre ère (190 ap.J-C), dans celui-ci il critique les hérétiques qui tordaient les enseignements de l’apôtre Paul, il dit basiquement “si vous ne me croyez pas vous pouvez aller vérifier les originaux directement qui sont toujours dans les villes où Paul a envoyé les lettres”. Tertullien mentionne les lettres aux Romains, aux Corinthiens, aux Thessaloniciens et ainsi de suite. Le terme utilisé par Tertullien en latin est “authentica epistolae” ce qui signifie les “autographes originaux”.

Tertullien – La prescription contre les hérétiques (36 : 1-2)1 :

Or donc, voulez-vous exercer plus louablement votre curiosité en l’employant à votre salut ? Parcourez les Eglises apostoliques où les chaires même des apôtres président encore à leur place, où on lit leurs lettres authentiques qui rendent l’écho de leur voix et mettent sous les yeux la figure de chacun d’eux. [2] Êtes-vous tout proche de l’Achaïe : vous avez Corinthe. N’êtes-vous pas loin de la Macédoine : vous avez Philippes ; si vous pouvez aller du côté de l’Asie : vous avez Ephèse ; si vous êtes sur les confins de l’Italie, vous avez Rome, dont l’autorité nous apporte aussi son appui.

Les académiciens étaient sceptiques car à l’époque de Tertullien les lettres de Paul avaient déjà 140 ans environ. Les papyrus de l’antiquité pouvaient-ils tenir aussi longtemps ?

Un autre évêque de l’Église, Pierre d’Alexandrie, écrivant aux alentours de l’année 300, parle d’à quel point il était miraculeux que la copie originale de l’évangile de Jean c’est à dire l’autographe, grâce à la providence de Dieu, existait encore. Et cela était après une période de persécution. L’autographe de Jean avait alors plus de 200 ans à l’époque de Pierre d’Alexandrie. Les savants pensaient qu’il s’agissait d’une défense chrétienne exagérée de la situation des manuscrits.

Nous avons cependant des écrivains anciens, païens, parlant des autographes d’Aristote qui avaient plus de 250 ans et nous avons d’autres références qui parlent d’autographes ayant entre 300 et 500 ans. Cette longévité était alors possible ?

Une découverte en Égypte qui a commencé à la fin du 19ème siècle pour se dérouler jusqu’au 20ème siècle nous apporte une lumière – Les Papyrus d’Oxyrhinque. Des milliers de fragments ont été découverts. Bernard Grenfell et Arthur Hunt sont les hommes qui ont découvert ces milliers de papyrus dans le désert égyptien dans un lieu appelé Oxyrhinque. Cette belle découverte est composée de textes de l’Ancien et du Nouveau Testament ainsi que d’autres documents de l’ancien monde.

A gauche un passage d’Amos (LXX) et à droit un passage de Matthieu.

Les preuves qui découlent de ces fouilles indiquent que les textes anciens étaient souvent gardés de 100 à 300 ans après leur rédaction et potentiellement plus longtemps. La stratigraphie permet en effet de dater les couches et on trouve par exemple dans une couche du 4ème siècle des manuscrits dans un panier de livres datés des premier et deuxième siècle.

La même chose a été trouvée à Herculaneum2 quand le Vésuve est entré en éruption en l’an 79 et a cuit un tas de livres et les a transformés en carbone. Ces derniers sont très fragiles mais avec les rayons X nous pouvons les lire et étudier leur écriture et nous pouvons donc déduire quel âge ils avaient quand ils ont été soudainement cuits en 79. Certains d’entre eux avaient dans les 200 et 300 ans.

Nous avons des preuves historiques et archéologiques de la part de sources païennes qui soutiennent les propos des pères de l’église quant à la préservation longue des autographes du NT. Ces derniers ont été préservés durant quelques centaines d’années et ont été vénérés, étudiés puis recopiés par les premiers chrétiens. Et c’est pourquoi le texte du NT est stable comparé à d’autres écrits.

Un autre élément qu’il faut prendre en considération est que les livres étaient très chers à l’époque contrairement à aujourd’hui. Si nous sommes capables d’acheter un livre et de le lire une fois ou deux avant de le ranger et de le laisser s’abîmer dans les caisses, les sacs etc… ce n’était pas le cas à l’époque, un grand soin était apporté aux livres car ils étaient chers, rares et précieux. Certains de ses livres étaient faits de cuirs et liés ensemble. Les chrétiens vénéraient les apôtres, et l’idée selon laquelle, en l’espace de quelques années les originaux ont été mis de côté, jeté, ou ont rapidement souffert de dégâts, n’est pas raisonnable quand on prend en considération l’époque, le soin apporté aux livres en général et la vénération des apôtres et de leurs écrits apostoliques. C’est ce que les pères de l’église nous indiquent et ils ont été conservés longtemps. Il s’avère que les païens fonctionnaient également de la même manière, ils vénéraient leurs grands écrivains et gardaient leurs autographes durant des siècles.

Les autographes du Nouveau Testament ont permis la stabilisation des textes durant les premiers siècles qui ont suivis Jésus car il était possible de comparer les copies aux originaux afin de vérifier si aucune erreur ne s’était introduite. Dans le monde païen, les religions avaient tendance a être des spectacles et des rituels et les païens reconnaissaient les juifs et les chrétiens comme les gens du livre. Avoir un texte correct était très important à leurs yeux.

La providence fait qu’au 4ème siècle nous commençons à avoir des manuscrits complets ou quasi complets de la Bible (codex sinaiticus, alexandrinus, vaticanus) dans la même plage de temps où les autographes ont disparu. Autrement dit il y a une véritable chaîne solide de transmission du Nouveau Testament dont les originaux ont résisté suffisamment longtemps jusqu’à que le texte soit largement répandu et accepté.

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Conclusion

Il ne réside aucun mystère, et il n’y a aucune incertitude sur les paroles de Jésus contenues dans le Nouveau Testament. De plus les grandes lignes de l’évangile (enseignements, miracles, le fait qu’il ait été rejeté par les pharisiens, sa crucifixion, sa résurrection..) sont attestées par des sources non-bibliques.

Il y a d’autres disciplines qui viennent supplémenter la critique textuelle comme l’archéologie, les sources historiques, les prophéties de Jésus et celles de l’Ancien Testament, la cohérence des écritures, les témoignages personnels, la réalité historique des évènements de l’Ancien Testament etc… mais en aucun cas ne sommes-nous cantonnés à un seul type de preuve et les témoignages indépendants sont nombreux à créditer le Dieu de la Bible.

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  1. http://www.tertullian.org/french/depraescriptione.htm.
  2. https://en.wikipedia.org/wiki/Herculaneum_papyri.

Anthony ETHEVE

Passionné et étudiant converti à la Bible, Anthony partage le fruit de ces recherches afin d'aider les chrétiens et notamment les nouveaux appelés à comprendre les thèmes bibliques, le débat création/évolution et explorer les preuves historiques et archéologiques du judéo-christianisme.

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