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1&2 Timothée ont-ils été écrits par Paul ou sont-ils apocryphes ?

Depuis le 19ème siècle la paternité des épîtres pastorales (1&2 Timothée et Tite) est remise en question par certains critiques. Ces lettres seraient alors considérées comme des faux. Paul a-t-il vraiment écrit 1&2 Timothée ?

4 arguments critiques sont proposés pour remettre en question la paternité de ces 3 lettres par Paul :

  • L’argument chronologique
  • Le style littéraire
  • L’ecclésiologie
  • La théologie

Les lettres pastorales d’1&2 Timothée ont été écrites par Paul comme en témoigne les premiers pères de l’église tels que Clément de Rome, Ignace d’Antioche, Polycarpe, Irénée de Lyon, Tertullien et Clément d’Alexandrie. Aussi la théologie des épîtres ne comportent aucune incohérence et au contraire est en phase avec la progression de Paul. La structure de l’église, elle, est conforme à ce que l’on trouve dans les autres épîtres. La chronologie des lettres pastorales trouve aussi sa logique quand on examine bien les textes et notamment le livre des Actes. Enfin ces lettres portent des marques d’authenticité et ne comportent pas les caractéristiques des faussaires.

Les témoignages des pères de l’église

Comme souvent dans ce genre de discussion il faut davantage faire confiance aux premiers chrétiens qu’aux critiques modernes. Les premiers théologiens ont vécu en même temps que les apôtres ou peu après. Nous pouvons mentionner Clément de Rome, Ignace et Polycarpe à cet effet – ces derniers connaissaient les lettres pastorales et les considéraient comme venant de l’apôtre Paul.

Par ailleurs les épîtres pastorales sont trouvées dans les plus anciennes versions syriaques et latines du Nouveau Testament et en conséquent leur paternité n’est pas mise en doute.

Trois autres pères de l’église, Irénée de Lyon (130-220), Tertullien (150-220), Clément d’Alexandrie (150-215), citent les épîtres pastorales et les utilisent même pour défendre les doctrines de la chrétienté contre le gnosticisme, la philosophie grecque et la culture hellénistique.

L’argument chronologique

L’argument ici est que le livre des Actes ne parle pas de Paul allant en Macédoine et laissant Timothée à Éphèse (1 Timothée 1 : 3). Percevant ici une inconsistance, les critiques indiquent donc que 1&2 Timothée ont été écrits plus tard par un autre auteur.

En réalité les éléments d’1 Timothée ne s’insèrent pas dans le livre des Actes car ils sont intervenus après la fin des Actes. Les critiques pensent que Paul a été exécuté lors de son premier emprisonnement. Ainsi Paul n’aurait pas pu se diriger vers l’est et écrire 1 Timothée.

Lorsque Paul est revenu à Jérusalem avec des représentants d’église et après avoir fait une collecte de fonds dans les églises pour aider les membres pauvres de Jérusalem (Actes 20 : 17-36 ; Romains 15 : 25-32)), il a été attaqué par une foule juive et a été sauvé par des soldats romains (Actes 21 : 26 ; 22 : 1-30 ; 23:10). Il a ensuite été emprisonné au siège du gouverneur romain en Césarée pendant les 2 années suivantes (Actes 23: 11-24: 27).

Dans Actes 23 : 11, le Seigneur demande à Paul d’aller témoigner à Rome. En réponse Paul fait appel à son privilège de citoyen romain pour que son cas soit transféré à Rome. Il l’a été en 59 et il a passé 2 ans en résidence surveillée à attendre que sa cause soit entendue devant le tribunal suprême (Actes 25: 1- 26: 1-32-27: 1-44-28: 31).

Alors que Luc termine le livre des Actes, il ne donne aucune suite au cas de Paul et il y a très peu d’informations sur le reste de la vie de Paul.

Plusieurs éléments permettent d’indiquer que Paul a été relâché :

  • Paul avait été arrêté pour être sauvé d’une foule juive
  • Les Juifs n’ont porté aucune accusation ni témoigné contre Paul pendant ses 2 ans d’emprisonnement à Césarée.
  • Le christianisme était considéré comme faisant partie du judaïsme à cette époque. Il n’était pas interdit ni punissable de mort.
  • Agrippa et Festus dans Actes 26 : 30-32 pensaient que Paul aurait été libéré s’il n’avait pas fait appel à l’empereur
  • Paul était confiant dans le fait d’être libéré (Philippiens 1 : 25 ; 2 : 24 ; Philémon 22)
  • La tradition indique que Paul est parti jusqu’en Espagne comme il le voulait (Romains 15 : 24 – 1 Clément 5 : 6-7).

1 Clément 5 : 6-7

chargé sept fois de chaînes, exilé, lapidé, il devint héraut du
Seigneur au levant et au couchant, et reçut pour prix de sa foi une gloire éclatante.

Après avoir enseigné la justice au monde entier, jusqu’aux bornes du couchant, il a rendu son témoignage devant les autorités et c’est ainsi qu’il a quitté ce monde pour gagner le lieu saint, demeurant pour tous un illustre modèle de patience.

  • Au premier et au deuxième siècle, une référence aux “bornes du couchant” signifiait toujours l’Espagne.
  • Dans d’autres sources extrabibliques, telles que le Fragment fr Muratori et les Actes de Pierre, il y a des indications que Paul a été libéré de prison.

On pense alors que Paul après avoir été relâché a continué de prêcher durant 3 ans avant d’être arrêté, jugé, condamné et exécuté aux alentours de 67 ap.J-C durant la persécution des chrétiens sous l’empereur Néron. Cela implique qu’il y a eu suffisamment de temps pour que Paul effectue son 4ème voyage missionnaire et écrive ces lettres pastorales.

Pour parachever le tout, paul indique dans sa deuxième lettre aux corinthiens :

2 Corinthiens 11 : 23-27

Ils sont serviteurs de Christ ? C’est une folie que je vais dire : je le suis plus qu’eux. Car j’ai travaillé davantage, j’ai été plus souvent en prison, j’ai essuyé infiniment plus de coups ; plus souvent, j’ai vu la mort de près. Cinq fois, j’ai reçu des Juifs les « quarante coups moins un». Trois fois, j’ai été fouetté, une fois lapidé, j’ai vécu trois naufrages, j’ai passé un jour et une nuit dans la mer. 

Souvent en voyage, j’ai été en danger au passage des fleuves, en danger dans des régions infestées de brigands, en danger à cause des Juifs, mes compatriotes, en danger à cause des païens, en danger dans les villes, en danger dans les contrées désertes, en danger sur la mer, en danger à cause des faux frères.

Ces diverses expériences, outre la mention des plusieurs emprisonnements, ne sont pas rapportés dans le livre des Actes et donnent donc clairement du crédit à un voyage missionnaire de Paul après sa libération à Rome.

Le style littéraire

Le deuxième argument des critiques est que les lettres pastorales ne reflètent pas le vocabulaire, la grammaire ou le style littéraire des autres épîtres de Paul. Mais ces éléments font pâle figure face aux preuves internes qui indiquent que Paul est l’auteur (1 Timothée 1 : 1 ; 2 Timothée 1 : 1 ; Tite 1 : 1).

Paul travaillait avec des secrétaires comme on le voit dans Romains 16 : 22. On ne connaît pas l’étendue de la contribution des secrétaires dans les lettres de Paul et on ne sait pas en fait comment les épîtres ont été produites. Il n’est donc pas possible de connaître le style d’écriture de Paul. Il a d’ailleurs été proposé que Luc a été le secrétaire de Paul pour les lettres pastorales (en raison de 2 Timothée 4 : 11 et du vocabulaire similaire avec les Actes).

Puis en y regardant bien il n’y a pas une distribution uniforme du vocabulaire de Paul dans toutes ses lettres et la plupart des mots manquants supposés dans les lettres pastorales ne se trouvent pas non plus dans d’autres lettres de Paul. Les hapax legomena (mots qui n’apparaissent qu’une fois dans le Nouveau Testament) d’1 Timothée apparaissent en groupe quand Paul discute un nouveau sujet et presque la moitié de ces hapax legomena sont trouvés dans l’Ancien Testament grec (LXX) que Paul avait longuement étudié.

Quand on étudie les lettres de Paul en prenant en considération ces voyages missionnaires et diverses expériences, il est très difficile de s’attendre à une distribution uniforme du vocabulaire de Paul. Il développait divers sujets à une variété d’ethnies et de régions.

L’ecclésiologie

Le troisième argument est que la structure de l’église présentée dans les épîtres pastorales est plus avancée que ce qui existait dans l’église du premier siècle et refléterait donc le deuxième siècle. Les critiques pensent que les trois postes suivants n’existaient pas :

  • Dirigeant (episcopes) et diacre (diakonos) – 1 Timothée 3 : 1-13
  • Responsable (presbuteros) – 1 Timothée 5 : 17-20
  • Responsable, dirigeant (presbuteroi) – Tite 1 : 5-7

Il n’est toutefois pas correct d’indiquer que la hiérarchie de l’église présentée dans les lettres pastorales ne pouvait pas être en place au premier siècle.

  • Les responsables (presbuteros) étaient déjà en place dans l’église de Jérusalem (Actes 15 : 2) et ils avaient été nommés dans les églises de Galatie (Pisidie, Iconium, Lystre, Derbe).

Actes 14 : 23

Dans chaque Eglise, ils firent élire des responsables et, en priant et en jeûnant, ils les confièrent au Seigneur en qui ils avaient cru.

  • Paul avait rencontré les responsables de l’église d’Éphèse durant son troisième voyage missionnaire

Actes 20 : 17

Pendant l’escale à Milet, il envoya quelqu’un à Ephèse pour demander aux responsables de l’Eglise de venir le rejoindre.

  • Dans sa lettre aux philippiens, Paul commence en s’adressant aux dirigeants et diacres

Philippiens 1 : 1

Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, saluent tous ceux qui, par leur union à Jésus-Christ, sont membres du peuple saint, et qui vivent à Philippes, ainsi que les dirigeants de l’Eglise et les diacres.

  • Paul implique qu’il y avait une forme de hiérarchie dans sa première lettre aux Thessaloniciens

1 Thessaloniciens 5 : 12

Nous vous demandons, frères et sœurs, d’apprécier ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent au nom du Seigneur et qui vous avertissent.

  • Plusieurs aspects de leadership de l’église étaient mentionnés dans des discussions à propos de dons de grâce (romains 12 : 6-8 ; 1 Corinthiens 12 : 28 ; Ephésiens 4 : 11).

Etant donné que les lettres de Timothée ont été écrites après les autres, on peut considérer qu’il n’y a aucun problème d’anachronisme dans la structure de l’église. En réalité 1&2 Timothée maintenaient une organisation ecclésiastique qui avait déjà établie.

La théologie des lettres pastorales

La première partie du problème ici est que l’enseignement de Paul dans les lettres pastorales cherchait à opposer le mouvement gnostique du deuxième siècle et que par conséquent ces lettres n’ont pas pu être écrites par Paul.

Il n’y a toutefois aucune preuve que Paul ait écrit les épîtres en question avec l’idée du gnosticisme en tête, si tant est qu’une forme antérieure existait au premier siècle. Paul cherchait visiblement à prévenir Timothée contre les faux enseignements divers :

  • Les mythes et les généalogies interminables ( (1 Timothée 1 : 4 ; 4 : 7 ; Tite 1 : 14 ; 3 : 9)
  • Les gens qui devaient interdire le mariage (1 Timothée 4 : 3)
  • Se prémunir contre “les discours creux et les arguments de ce que l’on appelle à tort « la connaissance »” (1 Timothée 6 : 20). Le mot grec pour connaissance “gnosis” pourrait peut-être indiquer une forme précoce du gnosticisme mais nous ne sommes pas sûrs sur ce que Paul avait en tête en écrivant cela. D’autres formes d’enseignement peuvent aussi correspondre.
  • Paul parle de ceux qui disent que la résurrection a déjà eu lieu (2 Timothée 2 : 18) mais cela se réfère à Hyménée et Alexandre qui disaient que la résurrection avait déjà eu lieu (1 Timothée 1 : 20).

Aussi la doctrine sur le péché serait différente que dans les autres lettres de Paul et les épîtres pastorales présenteraient des concepts différents :

  • Le mot “sauveur” est un titre utilisé pour Dieu comme pour Jésus (Dieu – 1 Timothée 1 : 1 ; 2:3 ; 4:10 ; Tite 1:3 ; ; 2:10 ; 3:4, Jésus – Tite 1 : 4 ; 2:13 ; 3:6)
  • Le mot “foi” serait utilisé pour décrire une doctrine saine plus que le salut en Jésus (1 Timothée 1 : 19)
  • La justice serait davantage foi + oeuvre que seule la foi en Dieu (Tite 3:5). Il y a une plus grande emphase sur les bonnes oeuvres (1 Timothée 2 : 10 ; 5:10 ; 6:8 ; 2 Timothée 2 : 21 ; Tite 2:14).

Ces aspects ne sont pas vraiment convaincants pour indiquer que l’enseignement présenté dans ces épîtres pastorales est différent. Il y a en effet une progression de la théologie de Paul au fil du temps et on le voit en comparant certains versets composés à différentes étapes de la vie de Paul :

1 Corinthiens 15 : 9 (56 ap.J-C)

Oui, je suis le moindre des apôtres

Éphésiens 3 : 8 (60 ap.J-C)

Oui, c’est à moi, le plus petit de tous les membres du peuple saint

1 Timothée 1 : 15 (62 ap.J-C)

Jésus-Christ est venu dans ce monde pour sauver des pécheurs. » Je suis, pour ma part, l’exemple type d’entre eux.

On peut également noter une progression concernant la façon d’identifier Jésus.

1 Thessaloniciens 5 : 9 (51 ap.J-C)

…Seigneur Jésus-Christ…

Philippiens 3 : 20 (60 ap.J-C)
 
…Sauveur le Seigneur Jésus Christ…

1 Timothée 1 : 1 (62 ap.J-C)

….Jésus Christ…. notre Sauveur….

Tite 1 : 3-4 (63 ap.J-C)

…Dieu notre Sauveur…

…Jésus Christ notre Sauveur…

Tite 2 : 13 (63 ap.J-C)

…du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus Christ…

Il faut aussi réaliser les différences d’objectifs entre les épîtres pastorales et les autres épîtres qui devaient servir d’autorité apostolique dans les églises (à part Romains et Philémon). Ces autres lettres avaient une vue doctrinale et pratique.

Les lettres pastorales avaient pour but de guider deux amis qui étaient pasteurs et qui connaissaient bien la théologie de Paul, elles n’étaient pas destinées à servir avec une autorité apostolique. C’est pourquoi il y a une emphase sur la saine doctrine, une défense contre les faux enseignements et sur l’importance des œuvres pour identifier de bons leaders chrétiens et discerner la maturité spirituelle.

Conclusion

Paul était prudent concernant les faux enseignements et les distorsions de l’évangile. Il supervisait la diffusion de l’évangile et ses épîtres reflètent cette supervision concernant les différentes applications.

2 Thessaloniciens 2 : 1-2

Pour ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là.

2 Thessaloniciens 2 : 14-15

C’est à quoi il vous a appelés par notre Évangile, pour que vous possédiez la gloire de notre Seigneur Jésus Christ.

Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et retenez les instructions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre.

2 Thessaloniciens 3 : 17

Je vous salue, moi Paul, de ma propre main. C’est là ma signature dans toutes mes lettres; c’est ainsi que j’écris.

Romains 3 : 8
Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu’il en arrive du bien, comme quelques-uns, qui nous calomnient, prétendent que nous le disons? La condamnation de ces gens est juste.

Les romains et les grecs faisaient attention à maintenir l’authenticité de leurs écrits du passé. Il y avait au premier siècle un soin particulier quant à attribuer correctement des écrits à leurs auteurs originaux. L’église du premier siècle conservait également les écritures orthodoxes et ayant autorité.

Dans le cas des épîtres pastorales, un chrétien produisant un faux n’aurait eu aucune motivation pour écrire anonymement une épître. Quand on examine les exemples d’anciens faussaires, nous y découvrons quelques caractéristiques évidentes :

  • L’auteur du faux se traçait un portrait reluisant de lui-même, ce qui est contraste avec ce genre de verset “Jésus Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier“(1 Timothée 1 : 15), ce verset d’ailleurs est en cohérence avec les paroles de Paul à son propre sujet et sa progression au fil du temps comme nous l’avons vu plus haut
  • Les lettres qui étaient attribuées faussement à un auteur l’ont rarement été dans un timing aussi proche de la vie de l’auteur. Si les épîtres pastorales étaient des faux, cela voudrait dire qu’elles ont été écrites 20 ou 30 ans après Paul, ce qui serait très inhabituel quand on prend en considération que les faux intervenaient en général au moins une centaine d’années après les figures historiques. Nous avons l’exemple avec Ignace d’Antioche dont les fausses épîtres ont été écrites 300 à 400 ans après ce dernier.

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