La tectonique catastrophique des plaques : un mécanisme pour le Déluge biblique ?
Comment un Déluge mondial tel que celui décrit dans la Genèse pourrait-il produire en quelques mois des milliers de mètres de roches sédimentaires, ensevelir d’innombrables organismes, déplacer des continents, ouvrir des océans et remodeler la surface entière de la Terre?
Pendant longtemps, l’une des principales difficultés du modèle créationniste du Déluge a précisément été l’absence d’un mécanisme géophysique capable de produire une catastrophe d’une telle ampleur.
À partir des années 1980 et 1990, le géophysicien créationniste John Baumgardner a proposé un modèle connu sous le nom de Catastrophic Plate Tectonics, ou « tectonique catastrophique des plaques ».1 L’idée reprend une grande partie des mécanismes réels de la tectonique des plaques avec la subduction, l’expansion des fonds océaniques, le déplacement des continents et la convection du manteau. La différence avec le modèle conventionnel repose sur des vitesses beaucoup plus élevées pendant une courte période correspondant au Déluge de Noé.
Ce modèle constitue aujourd’hui l’un des principaux cadres géologiques proposés par les créationnistes jeune-Terre pour tenter d’expliquer conjointement le récit de Genèse 7-8 et plusieurs caractéristiques majeures de la géologie terrestre.

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Le Déluge n’est pas un événement de quarante jours
Une représentation fréquente du Déluge consiste à imaginer qu’une pluie extrêmement forte serait tombée pendant quarante jours jusqu’à recouvrir les continents.
Cette représentation pose immédiatement une question: d’où proviendrait une quantité d’eau suffisante et surtout, quel processus pourrait recouvrir les continents tout en produisant l’immense registre sédimentaire que nous observons aujourd’hui ?
Dans le modèle de Baumgardner, la pluie est la conséquence visible d’une catastrophe beaucoup plus vaste prenant naissance dans l’intérieur de la Terre.

1-Asthenosphère; 2-Lithosphère; 3-Point chaud; 4-Croûte océanique; 5-Plaque de subduction; 6-Croûte continentale; 7-Rift continental (divergence); 8-Fontière de plaques convergentes; 9-Fontière de plaques divergentes; 10-Faille transformante; 11-Volcan bouclier; 12-Dorsale océanique; 13-Fosse océanique; 14-Strato-volcan; 15-Arc insulaire; 16-Lithosphère; 17-Asthenosphere; 18-Fosse océanique
Le point de départ proposé est celui d’une ancienne lithosphère océanique froide et dense plongeant dans le manteau. Selon Baumgardner, la déformation des roches du manteau pourrait, sous certaines conditions extrêmes de température et de contrainte, connaître un emballement: plus la plaque descend, plus les contraintes augmentent, plus la roche environnante se déforme facilement, et plus la subduction s’accélère.
Il appelle ce mécanisme runaway subduction, ou « subduction effrénée ou emballée » (ma traduction). Ses simulations numériques ont été développées notamment à l’aide du programme TERRA, conçu pour modéliser la dynamique du manteau terrestre.
Au lieu de vitesses actuelles typiques de quelques centimètres par an, des plaques auraient pu atteindre dans ce scénario, des vitesses momentanément gigantesques. Les conséquences en surface auraient été considérables.
Les « sources du grand abîme » : volcanisme, rifting et activité hydrothermale
Le récit de la Genèse ne présente pas le commencement du Déluge comme un simple épisode de pluies exceptionnelles. Genèse 7:11 indique une séquence: « toutes les sources du grand abîme jaillirent » puis « les écluses des cieux » s’ouvrirent.
Que pourrait désigner cette expression dans un cadre géologique ?
Le géologue créationniste Tim Clarey comme d’autres a proposé de rapprocher cette description biblique d’une phase extrêmement intense de fracturation de la croûte terrestre, de volcanisme et d’activité hydrothermale qui semble précéder immédiatement, dans le registre géologique, les premiers grands dépôts de la mégaséquence de Sauk.
Cette interprétation présente un intérêt particulier dans le modèle de tectonique catastrophique des plaques car le commencement du Déluge correspondrait précisément à une rupture majeure de la lithosphère terrestre.
Une augmentation importante du volcanisme avant les dépôts cambriens
En 2017, Timothy Paulsen et plusieurs collaborateurs ont publié dans Nature Geoscience une étude consacrée à l’activité magmatique de la fin du Précambrien, dans la période appelée Édiacarien.
Les chercheurs ont étudié notamment la composition chimique de cristaux de zircon provenant de l’Antarctique et l’ont comparée aux données disponibles sur le magmatisme mondial. Leurs résultats les ont conduits à proposer l’existence d’un important épisode de dégazage du carbone provenant du manteau, accompagné d’une activité magmatique accrue au cours de l’Édiacarien.
Or cette période précède immédiatement le Cambrien dans la colonne géologique conventionnelle.
Cette position stratigraphique est particulièrement intéressante car les couches cambriennes font partie des premiers dépôts sédimentaires étendus produits par le Déluge.
Le Cambrien correspond notamment à la partie inférieure de la mégaséquence de Sauk, première grande mégaséquence reconnue sur une vaste partie de l’Amérique du Nord.
Ainsi, dans l’interprétation proposée par Clarey, une forte augmentation de l’activité tectonique et volcanique apparaît précisément à proximité de la limite où commenceraient les premières grandes phases d’inondation continentale du Déluge.
Le rifting peut libérer d’immenses quantités de CO₂
Une seconde étude publiée dans le même numéro de Nature Geoscience, par Sascha Brune, Simon Williams et R. Dietmar Müller, s’intéressait aux relations entre rifting continental et dégazage du CO₂.

Lorsqu’un continent commence à se fracturer, la lithosphère est étirée et traversée par de nombreuses failles normales. Ces fractures peuvent constituer des voies privilégiées permettant aux fluides et aux gaz provenant des profondeurs de remonter vers la surface.
Une partie du CO₂ est naturellement libérée par les éruptions volcaniques. Mais les chercheurs soulignent qu’une quantité potentiellement beaucoup plus importante peut également être transférée vers la surface par la circulation de fluides hydrothermaux et le dégazage le long des failles.
Cette observation est particulièrement intéressante dans un scénario où la croûte terrestre aurait subi une fracturation extrêmement rapide.
Le début de la tectonique catastrophique ne se serait donc probablement pas traduit uniquement par de spectaculaires éruptions volcaniques visibles en surface. D’immenses volumes d’eau extrêmement chaude, de vapeur et de gaz auraient également circulé au travers d’un vaste réseau de fractures.
Le gigantesque rift du centre de l’Amérique du Nord
L’Amérique du Nord conserve justement les traces d’un épisode de rifting d’une ampleur considérable : le Midcontinent Rift System.
Cette immense structure géologique traverse le centre du continent et passe notamment sous la région du lac Supérieur avant de se prolonger vers le sud-ouest. Elle s’étend sur plusieurs milliers de kilomètres.
Le rifting y fut accompagné de gigantesques épanchements de lave basaltique. Les estimations citées par Clarey atteignent près de 500 000 miles cubes de matériaux volcaniques, soit environ deux millions de kilomètres cubes.
Même selon les standards géologiques, il s’agit d’une manifestation volcanique extraordinaire. Et le phénomène ne s’est pas arrêté au volcanisme.
Après la mise en place des coulées de lave, d’énormes quantités de fluides hydrothermaux ont circulé dans les fractures et les roches volcaniques. Ces eaux extrêmement chaudes ont joué un rôle majeur dans la formation des célèbres gisements de cuivre du Michigan.
Dans la péninsule supérieure du Michigan, plusieurs milliards de livres de cuivre ont ainsi été extraites des roches associées à ce système de rift. Nous avons donc ici les traces combinées de trois phénomènes :
fracturation continentale, volcanisme massif et circulation hydrothermale extrêmement intense.
C’est précisément ce genre d’association que Clarey rapproche des « sources du grand abîme ».
Un réseau de fractures qui fait le tour de la planète
Le phénomène devient encore plus frappant lorsqu’on quitte les continents pour observer les océans.
La Terre possède aujourd’hui un gigantesque réseau interconnecté de dorsales médio-océaniques qui traverse pratiquement tous les bassins océaniques.

Sur des dizaines de milliers de kilomètres, les plaques tectoniques s’écartent les unes des autres et du magma basaltique remonte pour fabriquer de la nouvelle croûte océanique.
Ces dorsales comportent fréquemment des vallées axiales fracturées, des failles normales, des volcans sous-marins et de nombreux systèmes hydrothermaux.
Même aujourd’hui, de l’eau de mer pénètre dans les fractures de la croûte océanique, se réchauffe au contact des roches chaudes, puis ressort par les célèbres sources hydrothermales. Le phénomène existe donc réellement.
La question posée par le modèle créationniste n’est pas de savoir si de telles structures peuvent libérer de l’eau chaude, du magma et des gaz, mais plutôt que se serait-il passé si l’ensemble du réseau mondial des dorsales avait fonctionné à une vitesse immensément supérieure à celle observée aujourd’hui ?
Dans le modèle de tectonique catastrophique des plaques, c’est précisément ce qui se serait produit au commencement du Déluge.
La rupture accélérée des plaques aurait ouvert d’immenses fractures dans le plancher océanique. Une quantité considérable de magma serait remontée. L’eau océanique aurait circulé rapidement dans ces fractures, aurait été chauffée et expulsée vers l’océan et éventuellement vers l’atmosphère sous forme de puissants jets hydrothermaux (provoquant les pluies diluviennes).
Des « sources » au sens géologique ?
Clarey propose donc que l’expression biblique :
« toutes les sources du grand abîme jaillirent »
puisse correspondre à la description, dans le langage d’un observateur antique, d’une rupture généralisée de la croûte océanique et continentale.
Il ne faut évidemment pas prétendre que les études géologiques citées parlent du Déluge de Noé : leurs auteurs travaillent dans le cadre chronologique conventionnel et interprètent ces phénomènes sur des centaines de millions d’années.
L’observation et l’interprétation doivent donc être distinguées.
Ce que les recherches montrent effectivement, c’est qu’il existe dans le registre géologique :
- de gigantesques épisodes de rifting continental ;
- des épanchements volcaniques d’ampleur exceptionnelle ;
- d’importants épisodes de dégazage mantellique ;
- des systèmes hydrothermaux extrêmement puissants ;
- et un réseau mondial de fractures et de dorsales océaniques toujours actif aujourd’hui.
L’interprétation créationniste consiste à proposer qu’une partie importante de ces phénomènes soit le vestige d’une phase tectonique catastrophique unique, concentrée autour du commencement du Déluge.
Un lien possible avec les pluies du Déluge
Cette hypothèse permet également de revenir sur la question des pluies torrentielles de Genèse 7.
Dans certains modèles créationnistes, l’activité volcanique et hydrothermale intense des dorsales aurait projeté de gigantesques quantités d’eau chaude et de vapeur dans l’atmosphère.
L’évaporation océanique aurait également été énormément augmentée par la chaleur libérée au niveau des nouveaux fonds océaniques.
Une atmosphère chargée de vapeur d’eau aurait alors pu produire des précipitations sans commune mesure avec celles observées aujourd’hui.
Les deux expressions du texte biblique pourraient donc décrire deux manifestations d’un même bouleversement :
- en dessous, la croûte terrestre se fracture, le magma remonte et les « sources du grand abîme » s’ouvrent ;
- au-dessus, l’atmosphère reçoit d’immenses quantités d’eau et les « écluses des cieux » déversent leurs précipitations.
Dans cette perspective, les quarante jours de pluie ne sont donc pas la cause première du Déluge, mais l’une des conséquences atmosphériques d’une catastrophe géophysique beaucoup plus profonde.
Un démarrage brutal du Déluge
Cette lecture rejoint particulièrement bien le modèle de tectonique catastrophique des plaques. Le Déluge n’a pas commencé par une montée lente et régulière des eaux mais par une rupture planétaire.
Fracturation des continents, accélération de la subduction, ouverture rapide des dorsales, volcanisme colossal, hydrothermalisme, dégazage, soulèvement des fonds océaniques et perturbation brutale du cycle de l’eau auraient constitué les premières étapes de la catastrophe.
Peu après apparaissent dans le registre stratigraphique les immenses dépôts de la mégaséquence de Sauk, riches en organismes marins. Pour Clarey, cette succession est particulièrement parlante, on y voit une phase extraordinaire de rifting et de volcanisme qui précède immédiatement les premiers grands dépôts attribués à l’inondation mondiale.
Ainsi, les « sources du grand abîme » de Genèse 7:11 pourraient décrire quelque chose de spectaculaire : l’ouverture généralisée de la croûte terrestre au commencement du Déluge.
Des océans soulevés et une pluie torrentielle
Lorsque l’ancien plancher océanique froid s’enfonce rapidement dans le manteau, du matériau mantellique beaucoup plus chaud remonte au niveau des zones d’expansion.
Le nouveau plancher océanique étant chaud et donc moins dense, il occupe davantage de volume. Les dorsales et les bassins océaniques se seraient temporairement trouvés beaucoup plus hauts qu’aujourd’hui.
Le géologue Andrew Snelling a estimé dans ses modèles qu’une telle situation aurait pu provoquer une élévation relative du niveau marin atteignant de l’ordre d’un à deux kilomètres et ainsi déplacer d’immenses volumes d’eau des océans vers les continents.
Dans cette perspective, l’inondation des continents ne proviendrait donc pas uniquement de la pluie : le fond marin lui-même se serait élevé, provoquant une inondation des continents. C’est un peu comme si le fond de la baignoire était soulevé, projetant l’eau hors de la baignoire.
L’eau pénétrant dans les fractures du plancher nouvellement formé aurait rencontré des roches extrêmement chaudes et produit de puissants jets hydrothermaux et de vapeur. Baumgardner propose que ces jets aient entraîné avec eux de grandes quantités de gouttelettes d’eau dans l’atmosphère, générant des précipitations mondiales extrêmement fortes.
Ce mécanisme comme déjà indiqué permet de relier dans le modèle, les deux expressions de Genèse 7:11 : les « sources du grand abîme » et les « écluses des cieux ».
L’an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent.
L’idée est que nous lisons une séquence dans genèse 7:11. Le plancher océanique s’est fracturé avec l’apparition des dorsales océaniques (sources du grand abîme) le matériel chaud du manteau a vaporisé de l’eau qui s’est projetée dans l’atmosphère et qui est retombée sous formes de pluie intense. La fin du mécanisme est identique et suit la même logique dans Genèse 8:2: les sources du grand abîme sont stoppées ce qui permet l’arrêt des pluies:
Les sources de l’abîme et les écluses des cieux furent fermées, et la pluie ne tomba plus du ciel.
Des dizaines de milliers de tsunamis géants?
Les développements plus récents du modèle accordent également une place fondamentale aux tsunamis.2
À une zone de subduction actuelle, la plaque plongeante peut se bloquer momentanément contre la plaque supérieure. Les contraintes s’accumulent puis sont brutalement libérées : c’est l’un des mécanismes capables de produire de grands séismes et des tsunamis.



Baumgardner s’est demandé ce qui se produirait si le même phénomène survenait alors que les plaques se déplacent non plus de quelques centimètres par an mais à des vitesses immensément supérieures.
Son modèle récent envisage une succession extrêmement rapide de phases de blocage et de rupture le long des nombreuses zones de subduction.
Il en résulterait une série de méga-tsunamis se propageant continuellement à travers les bassins océaniques.
Dans cette interprétation, ces vagues jouent un rôle géologique majeur, elles pénètrent profondément sur les continents, érodent les roches, transportent d’immenses quantités de sable, de boue et de débris biologiques, puis les déposent lorsque la vitesse de l’eau diminue.
Une nouvelle vague pourrait ensuite éroder une partie du dépôt précédent et déposer une nouvelle couche.
On obtient alors une succession :
érosion -> transport -> dépôt -> retrait -> nouvelle transgression -> nouveau dépôt.
Cette dynamique est particulièrement intéressante lorsqu’on la rapproche des grands ensembles sédimentaires qui recouvrent les continents.
Les mégaséquences : les traces de grandes incursions marines ?
Le géologue Laurence Sloss avait identifié au XXe siècle six grandes séquences sédimentaires nord-américaines séparées par d’importantes surfaces d’érosion : Sauk, Tippecanoe, Kaskaskia, Absaroka, Zuni et Tejas. Ce découpage n’est donc pas une invention créationniste.
En géologie séculière, une mégaséquence est un énorme paquet de roches sédimentaires, reconnaissable à l’échelle continentale, limité par des surfaces d’érosion massives. Ils reflètent chacun un grand cycle de transgression/régression marine (montée puis retrait des eaux). Les principales reconnues sont:
- Sauk (Cambrien – Ordovicien)
- Tippecanoe (Ordovicien – Dévonien)
- Kaskaskia (Dévonien – Mississippien)
- Absaroka (Pennsylvanien – Permien)
- Zuni (Mésozoïque, surtout Jurassique – Crétacé)
- Tejas (Crétacé sup. – Cénozoïque)
Tim Clarey et son équipe (Column Project de l’ICR) ont compilé des milliers de colonnes stratigraphiques sur les continents pour cartographier les grands mégaséquences (Sauk, Tippecanoe, Kaskaskia, Absaroka, Zuni, Tejas).3
Sur tous les continents étudiés (Amérique, Afrique, Europe, Asie, Australasie), les mégaséquences apparaissent dans le même ordre stratigraphique.
- Au début (Sauk–Kaskaskia) il y a peu de dépôts, ce sont les premiers stades du Déluge (montée des eaux, submersion des marges continentales).
- Au milieu (Absaroka–Zuni) il y a les pics de dépôts avec le maximum du Déluge, où « toutes les hautes montagnes furent couvertes » (Genèse 7:19).
- A la fin (Tejas) les sédiments sont plus fins, étalés largement, c’est le retrait progressif des eaux (Genèse 8:3).
Chaque mégaséquence montre une augmentation en volume et en extension, jusqu’au Zuni et Tejas. C’est exactement ce qu’on attend d’un cataclysme hydrologique progressif qui est d’abord localisé, puis global, puis se retire.
La cohérence entre continents est signe que ce ne sont pas des événements locaux ni indépendants.
Les mégaséquences contiennent d’énormes quantités de matière organique (charbons, pétrole, gaz), nécessitant un ensevelissement rapide et simultané à grande échelle. Ce qui cadre bien avec une catastrophe mondiale et non avec des dépôts lents.
Le modèle du Déluge progressif (avec un pic puis retrait) cadre mieux que le récit uniformitariste (pluriels cycles glaciaires, transgressions lentes). Chaque continent, malgré ses différences locales, raconte la même histoire, c’est à dire celle d’un Déluge global et progressif.
Les mégaséquences apparaissent comme les « chapitres » géologiques du Déluge. Leur progression ordonnée et mondiale confirme l’idée d’un cataclysme unique, global, et rapide (durée d’environ un an selon Genèse 7–8).
Des organismes marins d’abord, puis des écosystèmes terrestres
Les couches fossilifères les plus basses du Phanérozoïque sont dominées par des organismes marins. Les célèbres faunes cambriennes comprennent notamment trilobites, éponges, brachiopodes et de nombreux autres invertébrés marins.
Dans le registre géologique conventionnel, les organismes terrestres deviennent ensuite progressivement beaucoup plus importants: plantes terrestres, arthropodes, puis vertébrés apparaissent dans des niveaux supérieurs. Le Smithsonian décrit par exemple la première partie du Paléozoïque comme dominée par les écosystèmes océaniques, puis la colonisation progressive des terres par les plantes, les arthropodes et les vertébrés.
- Le modèle évolutionniste interprète naturellement cet ordre comme une succession historique sur des centaines de millions d’années.
- Les créationnistes proposent une lecture différente : une zonation écologique détruite progressivement par la montée des eaux.
Les premières communautés ensevelies seraient les fonds marins et les plateaux continentaux peu profonds. À mesure que les eaux pénètrent sur les continents, les environnements côtiers, marécageux puis véritablement continentaux sont successivement atteints.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que le registre fossile peut être expliqué par une simple règle « les animaux les plus lents en dessous et les plus rapides au-dessus ». La distribution est beaucoup plus complexe mais la prédominance marine des premières grandes couches fossilifères puis l’importance croissante des organismes terrestres constituent précisément l’un des éléments que Clarey et d’autres créationnistes incorporent dans leur modèle d’inondation progressive.
Une immense quantité de dépôts marins se trouve aujourd’hui sur les continents
Les roches sédimentaires couvrent approximativement les trois quarts des surfaces continentales, même si elles ne représentent qu’une faible proportion du volume total de la croûte.
Plus intéressant encore, une analyse globale du cycle des sédiments publiée dans Geology indique que les dépôts marins peu profonds représentent environ 75 % du volume des roches sédimentaires présentes sur les continents.
Cette observation constitue une donnée capitale pour le modèle créationniste car une très grande partie du registre sédimentaire continental témoigne effectivement de la présence passée de la mer sur des régions qui sont aujourd’hui émergées et loin des mers.
Fossiles et formations géologiques se poursuivent d’un continent à l’autre
La tectonique des plaques elle-même s’est imposée notamment parce que des structures géologiques et des assemblages fossiles séparés aujourd’hui par des océans retrouvent leur continuité lorsque les continents sont rapprochés.
L’USGS rappelle que Wegener avait notamment remarqué la correspondance de formations géologiques et de fossiles entre l’Afrique et l’Amérique du Sud.
Des corrélations paléontologiques basées sur les trilobites sont également utilisées pour reconstruire d’anciens continents et domaines marins. Certaines associations cambriennes comparables sont aujourd’hui séparées par l’Atlantique.
Créationnistes et géologues conventionnels s’accordent donc sur un point fondamental: les continents ont réellement été réunis et se sont réellement déplacés.
Le désaccord porte principalement sur la chronologie et la vitesse de ces déplacements.
Dans le modèle catastrophique, la fragmentation d’un ancien ensemble continental aurait accompagné le Déluge et l’ouverture rapide, notamment, de l’Atlantique et de l’océan Indien.
Les dorsales océaniques : cicatrices d’une ouverture planétaire
Le fond des océans révèle un autre élément spectaculaire : un réseau presque continu de dorsales sous-marines.

Selon la NOAA, le système mondial des dorsales médio-océaniques s’étend sur environ 65 000 kilomètres. C’est la plus longue chaîne montagneuse de la planète. Du magma y remonte encore aujourd’hui lorsque les plaques divergent et crée un nouveau plancher océanique.
Ces immenses structures, souvent relativement linéaires sur des milliers de kilomètres mais segmentées par des failles transformantes, témoignent incontestablement de l’expansion des fonds océaniques.
Le fond des océans montre des bandes magnétiques symétriques de part et d’autre des dorsales océaniques (ex. dorsale médio-atlantique). Ces bandes enregistrent les inversions du champ magnétique terrestre au fur et à mesure que la croûte basaltique se solidifie.
Elles montrent un enregistrement de la création rapide de croûte océanique. Selon Baumgardner, leur linéarité et leur étendue indiquent une « fabrication » du plancher océanique sur un temps bien plus court que les millions d’années supposés.
La dorsale médio-atlantique est une chaîne volcanique sous-marine quasi continue, de plus de 16 000 km, qui coupe l’Atlantique du nord au sud.
Elle est rectiligne et symétrique, comme une couture centrale, ce qui correspond à une séparation nette et unique des plaques. Cela ressemble davantage à une déchirure géante simultanée de la croûte terrestre (comme une fissure unique) et non à un lent processus progressif. Le fait qu’elle soit continue et linéaire suggère un mécanisme rapide et global, compatible avec la rupture catastrophique de la croûte dans le modèle CPT.
Les dorsales (Atlantique, Pacifique, Indien, etc.) montrent toutes des âges comparables. Les « bandes magnétiques » symétriques sont visibles sur toutes les dorsales et présentent un alignement global cohérent. Cela indiquerait que l’expansion des fonds océaniques a eu lieu partout au même moment, dans un épisode global. Il ne s’agit pas de processus indépendants sur des centaines de millions d’années, mais un événement planétaire unique et synchronisé.
Ces champs de fracture océaniques (les fameuses sources du grand abîme de Genèse 7:11) et alignements mondiaux et leur organisation rectiligne et globale est une trace d’un processus rapide et coordonné plutôt qu’un patchwork lent et graduel.
Le plancher océanique est constamment recyclé
C’est une caractéristique étonnante de notre planète, contrairement aux continents, le plancher des océans ne conserve pratiquement pas d’anciennes roches.
Baumgardner donne à cette observation une interprétation percutante: la quasi-totalité de l’ancien plancher océanique pré-Déluge a été recyclée pendant la catastrophe elle-même.
Le plancher que nous observons serait donc principalement le produit de cette phase tectonique catastrophique.
Des plaques froides jusque près de la limite noyau-manteau
La tomographie sismique permet aujourd’hui d’obtenir une sorte de scanner de l’intérieur de la Terre.
Elle révèle des anomalies de vitesse sismique interprétées comme des portions de lithosphère subduite descendant très profondément dans le manteau.
Une étude publiée dans Nature a notamment identifié une structure compatible avec de la lithosphère subduite et repliée près de la limite entre le manteau et le noyau, à près de 2 900 km de profondeur.
C’est une donnée compatible avec le scénario créationniste: de gigantesques portions de lithosphère froide ont plongé rapidement à travers le manteau lors de l’épisode de subduction catastrophique. Elles n’ont pas encore fondu aujourd’hui car elles n’ont que quelques milliers d’années.
En 1990, les scientifiques ont développé une méthode appelée tomographie sismique ce qui leur a permis de regarder dans le manteau terrestre. C’est un peu comme une échographie qu’on utiliserait pour regarder un bébé dans le ventre de sa mère. Tout comme la technologie de l’échographie s’est améliorée au fil du temps il en est de même avec les méthodes d’observation de l’intérieur de la terre.
Au début des années 90 les scientifiques pouvaient regarder jusqu’à 100km-200km, et ils pouvaient regarder le matériau froid en dessous des zones de subductions là ou il devait se trouver. Puis au fur et à mesure ils sont allés jusqu’à 300, 400, 500, 600, puis 700, 800km et ils ont aperçu le matériau froid traversé la zone à forte viscosité. Il a fallu aller jusqu’à la fin des années 90 pour atteindre la frontière du noyau du manteau.
Si le modèle géophysique de John Baumgardner est correct et reflète quelque chose de la réalité du déluge, et si les plaques froides de l’ancien sol océanique sont descendues à plusieurs mètres par seconde, elles ont eu 3000km à descendre pour atteindre la frontière du noyau du manteau. Cela a pris un certain temps. Durant le même temps le manteau est très chaud. Il devrait faire fondre ces plaques.
Combien de temps cela prendrait? 5 à 8km d’épaisseur de plaque prendrait approximativement 10 millions d’années, voire jusqu’à 100 millions d’années pour fondre. Donc dans le modèle du déluge où les plaques descendent à une vitesse de plusieurs mètres par seconde pour atteindre le noyau du manteau en l’espace de quelques semaines ou mois, elles n’auraient pas encore fondu.
Le déluge s’est en effet produit selon la reconstruction chronologique biblique il y a environ 5300 ans. Les plaques du « modèle diluvialiste » devraient encore être là. Dans ce modèle ces plaques froides commencent à la température de l’eau océanique (près de 0 degré). Elles s’enfoncent dans le manteau jusqu’au noyau qui est à 3000 degrés. Elles ne peuvent pas aller dans le noyau parce que le nickel de fer est beaucoup plus dense. Elles ne font que s’empiler en un amas froid. Il y a une différence de 3000 degrés avec le matériau chaud.
Tandis que la tomographie sismique allait de plus en plus profond, les créationnistes comme Baumgardner se sont dit « on peut tester une autre prédiction du modèle », c’est-à-dire qu’il y a un amas de matériau froid en profondeur à la base du manteau qui a 3000 degrés de moins que la température du noyau du manteau.
Ensuite 240km au-dessus de la frontière du noyau du manteau, il y a des variations de température qui excèdent 3000 degrés (reportés en 1997)4. Si les choses se déroulaient aux taux actuels, cela prendrait beaucoup plus de temps pour que les plaques descendent à la frontière du noyau/manteau qu’il ne leur faudrait pour fondre. Les plaques n’existeraient plus. Il ne devrait plus y avoir de matériau froid à la frontière noyau/manteau si le procédé était lent. Ce matériau ne peut être là que dans le modèle rapide diluvien de Baumgardner.
Ce que nous avons ici sont des différences de températures à la frontière noyau/manteau qui excèdent 3000 degrés.5 C’est une prédiction fantastique du modèle créationniste de Baumgardner.
Cimetières de dinosaures : des instantanés de catastrophes
Les grands « bonebeds » de dinosaures sont particulièrement intéressants dans un scénario faisant intervenir des eaux extrêmement énergétiques.
Le célèbre bonebed de Maiasaura de la Two Medicine Formation du Montana représente une accumulation extraordinaire de dinosaures. Jack Horner estimait que le dépôt pouvait correspondre à environ 10 000 individus. Les os étaient désarticulés, fréquemment endommagés et présentaient une orientation préférentielle, conduisant Horner à envisager leur remobilisation ultérieure par une inondation catastrophique.
Une caractéristique remarquable concerne également la distribution des tailles. Horner signalait des individus d’environ 2,7 à 7 mètres mais aucun bébé dans l’ensemble du dépôt. Qu’est-ce qui a pu provoquer cette étrange répartition? Dans le cadre d’un modèle de déluge, les dinosaures adultes fuyaient probablement le danger imminent des eaux déchaînées ; leurs petits n’ont pas pu les suivre et ont été engloutis dans une zone inférieure.
Un autre exemple est encore plus intéressant.
Au Hanson Ranch Bonebed, dans la Lance Formation du Wyoming, les chercheurs ont récupéré plus de 13 000 éléments osseux, principalement d’Edmontosaurus annectens.
Les os sont désarticulés mais souvent remarquablement préservés et se trouvent dans une couche de seulement un à deux mètres d’épaisseur présentant un granoclassement normal (os plus gros et plus lourds trouvés plus bas et ainsi de suite). Les travaux publiés interprètent aujourd’hui ce site comme une accumulation issue d’une mortalité de masse, remobilisée et transportée par une coulée chargée de sédiments.
Ces dépôts démontrent quelque chose d’important: des milliers d’animaux ont été concentrés, transportés, triés et ensevelis lors d’événements hydrodynamiques catastrophiques. C’est exactement le type de processus attendu dans le modèle du Déluge.
Et les immenses couches de charbon ?
Les couches de charbon représentent elles aussi des quantités colossales de matière végétale.
La géologie conventionnelle les interprète principalement comme d’anciens dépôts de tourbe accumulés dans des marécages pendant de longues périodes avant leur enfouissement et leur transformation. L’USGS décrit cependant également l’influence des inondations, du transport de matière végétale et de l’enfouissement sédimentaire dans certains environnements producteurs de charbon. Certaines couches peuvent avoir une extension régionale immense: le Pittsburgh Coal Bed, par exemple, s’étend sur plusieurs dizaines de comtés américains.
Dans un modèle catastrophiste créationniste, une partie de ces énormes accumulations végétales est interprétée comme le résultat de la destruction de vastes écosystèmes forestiers et marécageux, suivie du transport, de la concentration et de l’enfouissement rapide de leur biomasse.
Les couches de charbon sont interprétées comme les traces des immenses quantités de végétation arrachées lorsque l’inondation atteignit progressivement les environnements terrestres.
Comment les eaux auraient-elles finalement pu se retirer?
Le récit biblique ne décrit pas seulement la montée des eaux, il est aussi question de leur retrait. Le modèle de tectonique catastrophique propose ici un mécanisme particulièrement intéressant. Une fois la lithosphère océanique préexistante largement consommée, l’emballement tectonique se serait arrêté.
Le nouveau plancher océanique, initialement très chaud, se serait alors refroidi, contracté et devenu plus dense. Les bassins océaniques auraient progressivement gagné en profondeur, permettant aux eaux présentes sur les continents de retourner vers les océans.
Parallèlement, les importants déséquilibres produits dans la croûte auraient entraîné des ajustements isostatiques : certaines régions continentales auraient été soulevées tandis que les bassins océaniques s’enfonçaient.
Le retrait aurait lui-même été extrêmement érosif.
D’immenses nappes d’eau retournant vers les bassins océaniques auraient pu décaper les continents, creuser des vallées, transporter d’énormes quantités de sédiments vers les marges continentales et contribuer à modeler la topographie post-Déluge.
Le Déluge serait ainsi constitué de deux grands mouvements :
- une transgression catastrophique, lorsque les océans envahissent progressivement les continents,
- puis une régression catastrophique, lorsque les bassins océaniques s’approfondissent et récupèrent les eaux.
Un modèle encore incomplet
La tectonique catastrophique des plaques offre donc un cadre permettant de relier de nombreux phénomènes :
- déplacement et séparation des continents ;
- ouverture des bassins océaniques ;
- réseau mondial des dorsales ;
- recyclage du plancher océanique ;
- subduction profonde des plaques ;
- montée temporaire du niveau marin ;
- précipitations extraordinaires ;
- méga-tsunamis ;
- érosion et transport continental ;
- mégaséquences ;
- progression générale de fossiles marins vers des écosystèmes de plus en plus terrestres ;
- grands bonebeds ;
- dépôts massifs de végétation ;
- puis retrait des eaux vers des océans s’approfondissant.
Sa force est donc de proposer un mécanisme unificateur, plutôt qu’une simple affirmation selon laquelle « beaucoup d’eau aurait recouvert la Terre », il a toutefois encore des questions difficiles à traiter.
La plus importante est probablement la chaleur. La formation extrêmement rapide d’une immense quantité de nouvelle lithosphère océanique, combinée aux mouvements très rapides du manteau, produirait une quantité d’énergie thermique considérable.
Baumgardner lui-même reconnaît aujourd’hui explicitement que le refroidissement suffisamment rapide de la nouvelle lithosphère ne peut pas être obtenu avec les seules lois physiques et paramètres thermiques actuellement connus. Dans un article de 2023, il qualifie même le refroidissement requis de physiquement irréalisable dans son modèle sans intervention surnaturelle.
Son argumentation est que le Déluge est régulièrement présenté comme un événement surnaturel dans la Bible, que Dieu a orchestré les processus durant le cataclysme mondial (comme à la Création, lors des 10 plaies d’Egypte ou lors de la traversée de la Mer Rouge, voir 2 Pierre 3 notamment pour l’intervention divine à la Création et lors du Déluge). Il y a donc une limite à ce que la science naturaliste peut nous permettre de comprendre ou de prouver.
Psaumes 29
Psaume de David. Fils de Dieu, rendez à l’Éternel, Rendez à l’Éternel gloire et honneur!
Rendez à l’Éternel gloire pour son nom! Prosternez-vous devant l’Éternel avec des ornements sacrés!
La voix de l’Éternel retentit sur les eaux, Le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre; L’Éternel est sur les grandes eaux.
La voix de l’Éternel est puissante, La voix de l’Éternel est majestueuse.
La voix de l’Éternel brise les cèdres; L’Éternel brise les cèdres du Liban,
Il les fait bondir comme des veaux, Et le Liban et le Sirion comme de jeunes buffles.
La voix de l’Éternel fait jaillir des flammes de feu.
La voix de l’Éternel fait trembler le désert; L’Éternel fait trembler le désert de Kadès.
La voix de l’Éternel fait enfanter les biches, Elle dépouille les forêts. Dans son palais tout s’écrie: Gloire!
L’Éternel était sur son trône lors du déluge; L’Éternel sur son trône règne éternellement.
L’Éternel donne la force à son peuple; L’Éternel bénit son peuple et le rend heureux.
- https://www.globalflood.org/catastrophic-plate-tectonics.html.
- Baumgardner, John and Navarro, Evan (2023) « The Role of Large Tsunamis in the Formation of the Flood Sediment Record, » Proceedings of the International Conference on Creationism: Vol. 9, Article 13. DOI: 10.15385/jpicc.2023.9.1.22.
- Clarey, T. L. and D. J. Werner. 2023. A Progressive Global Flood Model Confirmed by Rock Data Across Five Continents. Proceedings of the International Conference on Creationism. 9: article 23, 412–445.
- Grand, S. P. et al. 1997. Global tomography: a snapshot of convection in the Earth. GSA Today.7:1-7.
- Cold Slabs Indicate Recent Global Flood.

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