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Le livre d’Énoch est-il inspiré ? Devrait-il faire partie de la Bible ?

Comme le livre d’Hénoch est cité dans Jude 14-15, certains croyants se demandent à juste titre s’il est inspiré et devrait être inclus dans la Bible. Que faire de ce livre d’Énoch ? Doit-on l’accepter comme inspiré ou le considérer comme un apocryphe ?

Le livre d’Énoch a plusieurs arguments en sa faveur pour être considéré comme inspiré. Il est non seulement cité par Jude assez clairement mais en plus ses thèmes se retrouvent étroitement dans les deux épitres de Pierre, dans l’Apocalypse et même dans les évangiles.

Les objections contre l’inclusion d’Énoch dans la Bible

Ceux qui s’opposent à l’inspiration divine du livre d’Énoch ont plusieurs arguments :

  • Paul cite un poète grec dans Tite 1 : 12 mais n’approuve, ni ne canonise son contenu pour autant
  • Le livre d’Énoch n’aurait probablement pas été écrit par Énoch qui a vécu avant le déluge, mais seulement quelques siècles avant notre ère (plus de 3000 ans après Énoch donc)
  • Le livre n’a pas été accepté par les juifs qui ont vécu avant Jésus
  • L’église a fini par rejeter ce livre pour des raisons doctrinales
    • Les relations entre anges et femmes (peut-être à tort concernant ce point, voir cet article sur les fils de Dieu et les nephilims)
    • Les anges sont cités par des noms dans Énoch mais ils n’apparaissent dans aucun des 66 livres canoniques
    • Les géants produits par la relation entre anges et femmes finissent par manger toute la nourriture des hommes et par se retourner contre les hommes pour les dévorer
    • Beaucoup d’autres éléments assez « fantaisistes » du même style

Jude a-t-il cité Énoch ?

Que faut-il réellement penser du livre d’Énoch ? Jude semble bel et bien reprendre une portion significative d’Énoch « C’est aussi pour eux qu’Énoch, le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes: Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d’impiété qu’ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu’ont proférées contre lui des pécheurs impies« . Ce passage correspond étroitement à Énoch 1:91.

A tout le moins, nous devons reconnaître, si nous tenons Jude en haute estime, qu’Énoch a bel et bien fait une prophétie et que celle-ci a réussi à parvenir jusqu’à nous à travers les millénaires. Maintenant est-ce que cela valide le livre d’Énoch en entier ? Certains diront oui, d’autres diront non. D’autres disent encore qu’on ne sait pas si la citation vient d’Énoch ou d’une autre source (aucun candidat n’existe toutefois pour cette revendication).

Parmi les livres deutérocanoniques/apocryphes, le livre d’Énoch est celui qui me fait le plus réfléchir. Quand vous le lisez, vous passez par plusieurs sensations. Il y a des moments où ses textes vous font pencher du côté de la non-inspiration car l’emphase sur les anges, les descriptions célestes, la culpabilisation des anges pour le déluge et autres éléments un peu fantaisistes, vous amènent à questionner le livre.

En même temps le livre est très « céleste » et « symbolique » dans sa nature, la particularité de son contenu semble donc trouver une certaine cohérence. Nous savons que certains livres bibliques comme l’Apocalypse et certaines visions de Daniel ou d’Ézéchiel présentent des symboles étonnants.

A d’autres moments le livre est plus convaincant, notamment au niveau prophétique avec le passage de Jude ou encore ceux sur le fils de l’homme (lire chap 44-49). Il semble vraiment y avoir plusieurs parallèles entre Énoch et le Nouveau Testament et pas uniquement celui entre Jude 14-15 et Énoch 1:9.

Visiblement, Jude, en l’absence de preuve contraire, lisait le livre d’Énoch et il est allé jusqu’à citer un verset. Cela me semble valider le livre d’Énoch, au moins une partie substantielle.

Sans donner une réponse définitive, il me semble assez difficile de rejeter Énoch et d’accepter Jude. Une position consistante me paraît plutôt de prendre les deux ou de rejeter les deux.

Enfin on notera que le thème des anges déchus emprisonnés à cause de leurs péchés avant le déluge se trouve dans le livre d’Énoch mais aussi dans les deux épîtres de Pierre.

Les autres livres du Nouveau Testament citent-ils Énoch ?

Les éléments du livre d’Énoch se retrouvent à de nombreuses reprises dans le Nouveau Testament. Par exemple quand Jésus dit « Heureux ceux qui sont doux, car Dieu leur donnera la terre en héritage« (Mt 5:5, basé sur Ps 37:11) on retrouve un passage similaire dans Énoch 6:9 « Mais pour les élus, à eux la lumière, la joie, la paix ; à eux l’héritage terrestre« .

Dans Matthieu 19:28 on trouve « vous siégerez, vous aussi, sur douze trônes pour gouverner les douze tribus d’Israël. » et cela se retrouve dans Énoch 104:26 « je les ferai asseoir sur des trônes de gloire« .

Les parallèles sont nombreux, même au niveau prophétique « Celui-ci est le Fils de l’homme, à qui toute justice se rapporte, avec qui elle habite, et qui tient la clef de tous les trésors cachés car le Seigneur des esprits l’a choisi de préférence, et il lui a donné une gloire au-dessus de toutes les créatures. » (Énoch 44:2). Dans Colossiens, on trouve la même déclaration « En lui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance« (Col 2:3) et Philippiens appuie encore le contenu d’Énoch « C’est pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom« .

Par manque de place je ne peux pas décliner tous les parallèles mais en voilà encore un, dans Matthieu 25:31-32 on lit « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous ses anges, il prendra place sur son trône glorieux« . Énoch 43 : 3 se lit « En ce jour l’Elu siégera sur un trône de gloire« . Dans Jean 14 : 2 on lit « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures » et Énoch 43:3 dit à ce sujet « il assignera une demeure à ceux qui ont mis leur confiance et leur amour dans son nom saint et glorieux« .

Il y a donc une foule de parallèles entre le Nouveau Testament et Énoch et il ne s’agit pas uniquement du livre de Jude.

Y a-t-il des chrétiens anciens qui ont considéré le livre d’Énoch comme inspiré ?

Plusieurs chrétiens primitifs ont accepté Énoch comme inspiré2 :

  • Epitre de Jude (1er siècle)
  • Epitre de Barnabas (70 – 132 ap.J-C)
  • Justin Martyr (110 – 165 ap.J-C)
  • Mélito (170 ap.J-C)
  • Athénagoras d’Athènes (133 – 190 ap.J-C)
  • Irénée de Lyon (202 ap.J-C)
  • Clément d’Alexandrie (150 – 215 ap.J-C)
  • Tertullien (155 – 222 ap.J-C)
  • Commodien (240 ap.J-C)
  • Origène (185 – 254 ap.J-C)
  • Anatolius (3ème siècle)

L’église a-t-elle accepté le livre d’Énoch ?

Alors que Tertullien, basé sur les citations de Jude, a soutenu qu’Énoch appartenait au canon, d’autres ont soutenu que Jude devait être retiré du canon en raison de ses citations d’œuvres non canoniques comme Énoch.

En accord avec Tertullien, l’Église éthiopienne a canonisé 1 Énoch. De même, les Manichéens ont gardé un autre ouvrage apparenté mais distinct d’Énoch, Le Livre des Géants.

L’épître de Barnabas et Athénagoras pour les chrétiens font allusion tous les deux à Énoch de manière favorable. Clément et Irénée (Contre les hérésies 4.16.2) citent tous deux Énoch favorablement. Cependant, tous ces arguments n’ont pas prévalu, et l’Église a finalement rejeté Énoch du canon.

Conclusion

Il ne faut pas être dogmatique, beaucoup de gens rejettent les apocryphes parce qu’ils veulent rejeter la version grecque de l’Ancien Testament (LXX) ou pour des raisons théologiques, comme les relations entre anges déchus et femmes dans Genèse 6.

Ce ne sont pas de bonnes raisons, la version grecque nous est très utile et elle corrige même parfois le texte massorétique, elle ne confirme pas pour autant les points théologiques comme le purgatoire et ne canonisent pas les livres deutérocanoniques (qui pour la plupart ne revendiquent même pas l’inspiration mais n’ont qu’une valeur historique).

Par ailleurs cette histoire de relations entre anges déchus et femmes semble être un point de vue qui découle naturellement des livres canoniques et le livre d’Énoch en ce sens n’a rien de choquant puisqu’il dit la même chose.

Mon avis personnel est donc que le livre d’Énoch est inspiré puisqu’il y a plusieurs connexions importantes entre lui et le Nouveau Testament. Je ne sais pas comment il nous est parvenu, mais on ne sait pas plus comment les autres livres nous sont parvenus également (particulièrement Genèse 1-11). Les plus vieux manuscrits des livres canoniques que nous avons sont en général du 2ème siècle av.J-C et ne sont pas plus vieux que les plus vieux fragments d’Énoch.

Faites-vous votre avis en lisant le livre qui est disponible à ce lien.

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  1. Énoch 1:9 version éthiopienne traduite en français
  2. Réception d’Énoch au cours de l’antiquité et du moyen-âge.

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