L’Archéologie et le Patriarche Biblique Joseph – A-t-il existé ? Est-il historique ?

Les événements racontés dans l’histoire de Joseph (Genèse 37-50), ont longtemps été et sont toujours un sujet de recherche passionnant pour les savants bibliques et les égyptologues intéressés par l’Ancien Testament.

Cet article s’inscrit dans la série d’article sur l’archéologie qui traite notamment de l’historicité d’Abraham, de Joseph, de Moïse et de David.

Concernant Joseph, aucune référence ne le mentionnant n’est apparue dans les sources égyptiennes, mais étant donné la relative rareté des informations sur les responsables égyptiens avant le Nouvel Empire et le manque de consensus concernant le nom égyptien de Joseph, cela ne devrait pas nous surprendre.

Toute référence spécifique à Joseph sous une forme reconnaissable ne sera probablement pas découverte de sitôt. Mais, si nous croyons à l’historicité de Joseph et à l’exactitude des événements enregistrés dans la Genèse sur sa vie et sa carrière, nous pouvons légitimement espérer trouver des éléments historiques et archéologiques encourageants.

L’hypothèse la plus répandue concernant la date du récit de Joseph

Deux positions majeures existent concernant la date de Joseph parmi les étudiants sérieux de son histoire qui acceptent son historicité.

Cette date est critique et doit être abordée avant d’étudier les éléments historiques et archéologiques.

La majorité des savants modernes datent Joseph à la deuxième période intermédiaire de l’histoire égyptienne, ca. 1786-1570 avant JC1, une époque où un groupe asiatique appelé les Hyksos régnait sur le delta du Nil.

Ce point de vue repose principalement sur deux hypothèses :

  • Premièrement, que la date tardive de l’exode (pendant le règne de Ramsès II au 13ème siècle) est correcte.
  • Deuxièmement, que la montée au pouvoir d’un asiatique peut être mieux placée pendant une période de l’histoire égyptienne lorsque ses compatriotes asiatiques, les Hyksos, contrôlaient le gouvernement.

Examinons brièvement ces deux arguments.

Si l’Exode a eu lieu au 13ème siècle avant JC et que le séjour a duré environ 400 ans (430, selon Exode 12:40), Joseph appartiendrait au 17ème siècle avant JC. Mais si l’Exode a eu lieu au 15ème siècle avant JC (comme indiqué dans 1 Rois 6 : 1), la carrière de Joseph serait déplacée au 19ème siècle avant JC, à l’époque de la 12ème dynastie du Moyen Empire.

Il semble y avoir trois manières courantes de considérer ce verset du premier livre des rois.

  • On peut l’accepter à sa valeur nominale, datant ainsi l’Exode au 15ème siècle avant JC;
  • On peut totalement ignorer l’exactitude historique du verset, ce qui permet de dater l’Exode à n’importe quelle période, voire de le nier complètement;
  • On peut interpréter les nombres qui y sont donnés comme signifiant quelque chose comme inférieure à 480 ans, invoquant ainsi le soutien du verset pour un Exode tardif.

Ce n’est pas mon but ici d’argumenter ces positions, même si je crois personnellement à un exode précoce (15ème siècle avant JC).

Ce que je souhaite souligner c’est que l’opinion d’une personne sur la date de l’Exode est un déterminant de la date de Joseph.

L’hypothèse la plus biblique : une date précoce pour Joseph

Les partisans d’une date de la 12e dynastie pour l’histoire de Joseph commencent leurs arguments par une acceptation littérale stricte de la chronologie biblique de l’exode et du séjour.

1 Rois 6: 1 est considéré comme datant de l’Exode vers ca. 1446 av.J.-C., et Exode 12:40 permet de placer l’entrée de Jacob et de sa famille dans une Égypte où Joseph occupait de hautes fonctions sous le règne de Sésostris III, ca. 1876 avant JC.

Le Roi Salomon a régné à partir de 970 avant J.C et le verset dans le premier livre des Rois dit ceci :

1 Rois 6: 1

Ce fut la quatre cent quatre-vingtième année après la sortie des enfants d’Israël du pays d’Égypte que Salomon bâtit la maison à l’Éternel, la quatrième année de son règne sur Israël, au mois de Ziv, qui est le second mois.

La soustraction 966 (4ème année du règne de Salomon) – 480 (durée de la période entre la sortie d’Egypte et la 4ème année du règne de Salomon) donne 1446 avant J.C.

Exode 12 : 40-41

Le séjour des enfants d’Israël en Égypte fut de quatre cent trente ans.

Et au bout de quatre cent trente ans, le jour même, toutes les armées de l’Éternel sortirent du pays d’Égypte.

La soustraction 1446 (date de sortie d’Egypte) – 430 (durée du séjour en Egypte) donne 1876 avant J.C.

La carrière de Joseph en tant que fonctionnaire du gouvernement égyptien commenca donc probablement sous Sésostris II et se poursuiva sous le règne de Sésostris III.

Voici un article complet sur la datation de l’Exode :

Quand l’Exode des hébreux a t’il eu lieu ? Au 15ème siècle (1446 av JC) ou au 13ème siècle (1230 av JC) ?

Le prix d’un esclave

Genèse 37 : 28

ils le vendirent pour vingt sicles d’argent aux Ismaélites, qui l’emmenèrent en Égypte

Notons que le prix moyen d’un esclave dans la période biblique de l’histoire de Joseph était de 20 sicles d’argent; au temps de Moïse, il était passé à 40-502.

Une écriture inventive du récit biblique des centaines d’années, voire un millénaire après la période revendiquée (comme proposé par les plus sceptiques) aurait certainement proposé un prix incohérent.

Le chef égyptien de la garde royale

Potiphar, le fonctionnaire qui a acheté Joseph, est appelé un Egyptien et chef de la garde du roi dans Genèse 39: 1.

Si le roi durant l’époque de Joseph était un dirigeant Hyksos (hypothèse d’un Joseph apparaissant dans l’époque tardive), il n’y aurait aucun sens qu’un Égyptien de naissance ait été le commandant de la garde royale.

Toutefois la mention “égyptien” dans le texte pousse certains à dire que la précision n’était pas fortuite mais destiné à préciser qu’un égyptien servait un pharaon hyksos.

En réalité nous pouvons spéculer de bien des manières, il nous faut des éléments bien plus solides pour déterminer une opinion.

L’emprise partielle des Hyksos sur l’égypte

De plus, Joseph est décrit à plusieurs reprises (Gen 41, 42 et 45) comme dirigeant tout le pays d’Égypte. Les Hyksos ne contrôlaient que la partie nord de l’Égypte, mais la 12e dynastie régnait sur toute la nation.

La fille du prêtre

Quand le roi a voulu récompenser Joseph, il lui donna la fille d’un prêtre d’On, ou d’Héliopolis, pour femme. L’argument est qu’un roi Hyksos aurait probablement donner à Joseph la fille du prêtre d’un autre dieu, tel que Seth, qui était une divinité plus importante pour les Hyksos que ne l’étaient les divinités solaires vénérées par les Égyptiens indigènes.

Les coutumes égyptiennes

Aussi lorsque Joseph est appelé de prison pour rencontrer Pharaon dans Genèse 41:14, il doit se raser et mettre des vêtements propres. Cela reflète les coutumes égyptiennes plutôt que celles des Hyksos syro-palestiniens.

Les chars avant les hyksos

Un argument qui a été utilisé en faveur de Joseph ayant vécu à la période Hyksos est la mention de chars dans le récit de la promotion et de la récompense de Joseph par Pharaon.

Il est souvent souligné que le char de guerre a probablement été introduit en Egypte par les Hyksos, le cadeau de Pharaon à Joseph conviendrait le mieux dans la deuxième période intermédiaire et non dans le Moyen Empire précoce.

Mais faut-il lier ce véhicule utilisé pour le transport d’un haut fonctionnaire du gouvernement avec des chars de guerre?

Rien n’est dit dans l’histoire de Joseph sur les chars utilisés au combat, et en fait le char donné à Joseph est appelé le deuxième char de Pharaon, laissant ainsi l’impression qu’il n’y en avait pas beaucoup.

Lorsqu’un cheval a été trouvé par les fouilleurs de la forteresse de Bouhen, bien avant que les Égyptiens aient commencé à utiliser des chars pour la guerre, la conclusion des archéologues était que «Il est probable qu’au moins dans les premières périodes, les chevaux appartenaient aux membres les plus élevés de la société et qu’ils n’étaient utilisés que pour tirer des chars lors d’occasions étatiques3 »

Y avait il des chariots en Egypte avant la période des Hyksos et à l’époque de Josèphe ?

Le collier doré donné par pharaon

L’or de la vaillance ou l’or d’honneur était un ancien prix égyptien, généralement sous la forme d’un grand collier en or, remis à ceux qui rendaient un service exceptionnel au pharaon et à la nation.

La pratique remonte avant 1600 avant JC pendant la deuxième période intermédiaire et autour de la vie de Joseph.

Les pharaons égyptiens Ouadjkheperrê Kames et Ahmôsis Ier ont décerné le collier Or de la vaillance à la reine Anhotep pour son soutien dans la guerre contre les Hyksos au 16ème siècle avant JC.

L’Or de la vaillance a également été décerné à deux reprises au fonctionnaire militaire Ahmose, fils d’Ebana, pour son service exceptionnel dans les batailles pour le pharaon.

De plus, la découverte d’une offrande cérémonielle de mains ennemies coupées trouvée à Avaris, qui, selon les textes égyptiens, était une offrande qui pouvait aboutir à recevoir l’honneur d’or de la vaillance, démontre que cette coutume égyptienne avait été adoptée par les Hyksos et était également utilisée dans le nord de l’Égypte à l’époque où Joseph vivait et servait à la cour royale.

Des soldats et officiers de haut rang du roi, tels Horemheb et Ay pendant la 18e dynastie, ont également reçu ce prix. Dans la tombe d’Horembeb à Saqqarah, un relief en pierre le représente recevant l’Or de la vaillance pour son service exceptionnel en tant que commandant de l’armée.

Ironiquement, Horemheb a démoli de nombreux monuments d’Akhenaton et d’Atenisme une fois qu’il est devenu pharaon, revenant aux anciennes méthodes et inversant ce qui avait été fait par les pharaons qu’il avait servis.

Après que Joseph ait interprété pour le pharaon un rêve sur une future famine, puis a conseillé au roi de rassembler 20% de leurs produits pendant les bonnes années et de les conserver sous bonne garde pour les années de famine à venir, le pharaon a décerné à Joseph le «collier d’or».

Genèse 41 : 42

Pharaon ôta son anneau de la main, et le mit à la main de Joseph; il le revêtit d’habits de fin lin, et lui mit un collier d’or au cou.

  1. (Vergote 1959; Kitchen 1962; Stigers 1976)
  2. Ancient Orient and Old Testament. Kitchen, K.A. ,Intervarsity Press, 1966.
  3. Emery, Smith et Millard 1979: 194; cf. B. Wood 1993.

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