Le christianisme est-il inspiré de mythes païens ?


L’inspiration païenne du Christianisme est une des attaques parfois portée contre le Nouveau Testament et le Christianisme. Aussi loin que le païen Celse de la fin du deuxième 2ème siècle on peut retrouver une telle accusation « Les chrétiens ont utilisé les mythes de Danaé et du Mélanippe, d’Auge et d’Antiope pour fabriquer cette histoire de naissance virginale! ». Alors le christianisme et le Nouveau Testament sont-ils d’inspirations païennes ? ou bien reposent-ils sur des faits historiques établis ?

D’autres académiciens modernes avancent également cette connexion. Les éléments « miraculeux » seraient des parallèles à des récits de religions païennes.

Ces attaques sont convaincantes pour ceux qui ne sont pas versés en théologie et en histoire, mais elle ne tient pas la route quand on étudie profondément le Nouveau Testament et l’historicité de ses évènements.

Le christianisme n’est pas tiré du paganisme puisqu’il est encré historiquement et que parallèles ou non avec les mythes païens, les faits historiques demeurent. Les parallèles proposés sont souvent très vagues et peu convaincants et les similarités qu’on pourrait en tirer s’expliquent par certains éléments théologiques ou pratiques communes entre les religions et les peuples de l’époque (comme le rite sacrificiel par exemple).

Il y a certes des éléments qui apparaissent similaires en surface, nous connaissons les mythes égyptiens des divinités comme Osiris, Adonis, Attis et Horus qui ont des histoires de mort et de renaissance. Il y a aussi la divinité perse, Mithra, qui selon certains, serait née d’une vierge, serait morte et ressuscitée des morts. Se pourrait-il alors que le christianisme ne soit qu’un réchauffé de tous ces mythes païens ?

Y a-t-il des parallèles ou pas entre le christianisme et les mythes païens ?

Premièrement, il faut réaliser que les parallèles supposés sont des parallèles faibles. Quand on examine les textes, il s’avère que les liens entre christianisme et paganisme sont très ténus.

Les dieux qui meurent et ressuscitent dans certains mythes païens, meurent et ressuscitent chaque année – cela ne ressemble pas beaucoup au récit rapporté dans les évangiles. Les mythes qui rapportent des naissances miraculeuses n’ont rien à voir avec la naissance virginale de Jésus. En effet les mythes païens présentent des enfants qui naissent via relation sexuelle entre une femme et un dieu – nous avons donc peu de lien avec la conception de Jésus rapportée dans les évangiles de Luc et Matthieu.

Regardons le supposé parallèle avec le mythe de Mithra qui est souvent présenté comme un précédent du Nouveau Testament.

Selon certaines reconstitutions des sources anciennes décrivant la naissance de Mithra, Mithra serait né d’une pierre solide et il est resté coincé en sortant d’elle. Des personnes qui étaient à proximité dans un champ l’ont tiré de la pierre, laquelle a laissé une grotte derrière lui.

Il y a une sacrée différence entre naître d’une femme et naître d’une roche et de quelle manière pourrait-on parler de la virginité d’une roche ?

Le professeur James Tabor à l’université de Caroline du Nord, ne croit pas à la naissance virginale de Jésus, ni à sa résurrection. Il déclare cependant radicalement que la naissance de Jésus dans les évangiles diffère nettement des supposés mythes païens parallèles1 :

Quand vous lisez les récits de la grossesse insoupçonnée de Mary, ce qui est particulièrement notable. . . est le ton sous-jacent de réalisme qui traverse les récits. Ceux-ci semblent être de vraies personnes, vivant dans des époques et des lieux réels.

En revanche, les histoires de naissance dans la littérature gréco-romaine ont une saveur résolument légendaire. Par exemple, dans le récit de Plutarque concernant la naissance d’Alexandre le Grand, la mère Olympias est tombée enceinte d’un serpent; il a été annoncé par un éclair qui a scellé son ventre pour que son mari Philippe ne puisse pas coucher avec elle. Certes, Matthieu et Luc incluent des rêves et des visions d’anges, mais l’histoire principale elle-même – celle d’un homme qui découvre que sa future mariée est enceinte et sait qu’il n’est pas le père – a une qualité réaliste et profondément humaine. Le récit, malgré ses éléments miraculeux, sonne juste.

Regardons maintenant d’autres parallèles supposés entre Jésus et Mithra :

Mithra avait 12 disciples – une pièce d’art ancienne dépeint Mithra entouré de 12 visages mais il n’y a aucune preuve qu’il s’agissait de disciples. En fait Mithra n’avait que deux compagnons, Aldébaran et Antarès.

Mithra était identifié comme un lion et un agneau. Il n’y a hélas pour la critique aucune preuve qu’il ait été connecté à un agneau. L’agneau était l’animal du sacrifice du rite de l’Ancien Testament et Jésus est venu accomplir le sacrifice final. Il est vrai que Mithra a été identifié comme un lion, mais cette imagerie n’a rien d’exceptionnelle, elle existait déjà dans le premier livre de la Bible, qui précède Mithra (Genèse 49 : 9). Les auteurs du Nouveau Testament n’ont fait que reprendre l’ancien texte biblique.

Mithra aurait initié un repas dans lequel la terminologie du corps et du sang a été employée. Hélas, les preuves les plus précoces de cette terminologie date de la moitié du 2ème siècle de notre ère – 100 ans après la rédaction du Nouveau Testament. De cet angle, c’est plus le mithraïsme qui a emprunté au récit chrétien.

Mithra se serait sacrifié pour les autres, cependant s’il est souvent dépeint en train de sacrifier un taureau, Mithra n’est jamais le sacrifice lui-même.

Mithra aurait ressuscité des morts le troisième jour mais il n’y a aucune preuve de l’ère préchrétienne d’une résurrection de Mithra le troisième jour. En raison de son association au soleil, il est possible que ses disciples aient célébré une renaissance chaque année.

La résurrection de Mithra aurait été célébré un dimanche mais là aussi il n’y a pas de preuves préchrétiennes d’une célébration de la résurrection le dimanche, toutefois il est vrai que les disciples de Mithra et d’autres divinités liées au soleil adoraient leurs dieux le dimanche (jour du soleil). La résurrection de Jésus un dimanche n’a rien à voir avec les cultes païens, cela est plutôt lié au fait que le dimanche était le premier jour de la semaine chez les juifs, et que Dieu avait commencé la création au premier jour. Cela signifiait un nouveau début.

Ceux qui proposent ces parallèles soulèvent également le fait que certaines traditions chrétiennes comme Noël ont un lien avec les fêtes païennes. Mais cela est un mauvais argument car le Nouveau Testament ne donne aucune date de naissance pour Jésus. La fête de Noël a été instaurée des siècles après Jésus et les chrétiens ont déterminé la naissance de Jésus en raison d’une tradition précoce qui indiquait que la conception de Jésus et sa mort se situaient à la même date, 9 mois après cette date débouchant vers la fin décembre.

Aussi, l’art chrétien tardif a incorporé des motifs égyptiens et mithraïque, surtout pour dépeindre Jésus et sa mère. Mais ces descriptions ultérieures n’ont rien à voir avec le Nouveau Testament ou ses évènements.

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La ressemblance entre le christianisme et les mythes païens, si avérée, aurait elle une importance ?

En réalité ce qui importe n’est pas tellement la ressemblance possible entre certains éléments païens et chrétiens. De ce qu’on sait il n’y a que des parallèles vagues mais admettons que nous pouvions trouver des parallèles plus forts, cela affecterait-il le Nouveau Testament et ses fondations historiques ? En aucun cas car ce qui est déterminant c’est l’historicité des faits rapportés par le Nouveau Testament. Les évènements bibliques sont-ils historiques ou pas ?

Un parallèle établi ne remettrait pas en cause des faits historiques établis mais pourrait peut-être illustrer les attentes similaires des gens de l’époque. Nous notons aussi des récits païens de la création et du déluge et il y a une logique à cela car tous les êtres-humains ont la même origine et des restes de vérité ont perduré dans les religions païennes même s’ils ont été mélangés à des éléments légendaires au fil du temps.

Les prophéties messianiques de l’Ancien Testament étaient connues des siècles avant JC, s’il y avait des parallèles, cela n’aurait rien de surprenant.

Quand l’accusation de l’inspiration païenne du Nouveau Testament est brandie, il faut plutôt rediriger les esprits vers l’Ancien Testament, lequel est vraiment la base du Nouveau Testament.

Il faut également vérifier les sources primaires, déterminer si les parallèles revendiqués datent d’avant ou d’après le Nouveau Testament. Il faut encore dissocier les parallèles qui sont liés aux pratiques tardives du christianisme (comme Noël) mais qui ne trouvent pas leurs racines dans la révélation initiale du Nouveau Testament.

En fait le ministère de Jésus était prophétisé dans l’Ancien Testament, qu’il s’agisse de sa naissance virginale (Esaïe 7 : 14 selon la LXX), de sa mission de rachat du péché (Esaïe 53 : 5), de sa crucifixion (Psaumes 22 : 16-17) ou de sa résurrection (Esaïe 53 : 10). Ces évènements se sont produits comme annoncés dans l’Ancien Testament et il y a bien des éléments historiques pour les confirmer.

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Références :

  1. https://www.thegospelcoalition.org/article/gospels-borrow-pagan-myths/.

Anthony ETHEVE

Passionné et étudiant converti à la Bible, Anthony partage le fruit de ces recherches afin d'aider les chrétiens et notamment les nouveaux appelés à comprendre les thèmes bibliques, le débat création/évolution et explorer les preuves historiques et archéologiques du judéo-christianisme.

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